Mon Guitar Summit 2026

Le Guitar Summit, organisé chaque année à Mannheim en Allemagne, est l’un des grands rendez-vous européens consacrés à la guitare et à la basse. Pendant trois jours, le Rosengarten rassemble fabricants, luthiers, musiciens et passionnés autour de centaines de marques, avec des instruments à essayer, des nouveautés, des effets, des amplis, des accessoires, mais aussi des concerts, masterclasses, ateliers et conférences. Bref, une sorte de NAMM à l’européenne, plus compact et très orienté vers les guitaristes : le temps d’un week-end, Mannheim devient un peu le « NAMM »-hein de la guitare.

Guitar Summit 2026

Guitar Summit 2026

  • Mes objectifs : le faire, une fois dans ma vie.
  • Mes craintes : surreprésentation des guitares électriques, ne pas oser tester des instruments ou être trop timide pour aller vers les exposants.

Le départ vers le Guitar Summit

Comme tant de bonnes choses, ça a plutôt mal commencé. Ma Lovely Roadie, qui m’avait offert les places pour le salon de la guitare de Mannheim, a été victime d’un petit virus qui a transformé son estomac en boomerang. Après une nuit et une matinée compliquées, j’ai cru que j’allais devoir annuler, mais son état s’est amélioré en cours de journée et on a pu se mettre en route malgré un passager un peu patraque. Voilà ce qu’on appelle un excellent départ pour affronter les redoutables food trucks allemands.

Histoire de ne pas faire les choses à moitié, j’avais un pass de trois jours, avec hôtel à 100 m du Guitar Summit, petit-déj., des vouchers repas aux food trucks et des goodies. Une fois débarrassé de la voiture et des bagages, en route pour récupérer goodies et T-shirts. À propos, je portais un T-shirt jaune bouton d’or barré d’un ‘DON’T PANIC » rouge. L’exact opposé de mon sentiment intérieur, mais cette tenue a été un parfait icebreaker pour mon premier jour. J’ai reçu une petite dizaine de commentaires élogieux ce soir-là. C’est d’ailleurs amusant comme au milieu d’une forêt de gens vêtus du classique noir look stage ou backstage, les gens apprécient autant une note de couleur. Faites revenir de la couleur dans ce monde.

Un premier tour très intimidé

Ceux qui me connaissent sont au courant de ma phobie sociale. J’ai commencé par un tour de repérage très timide de l’ensemble du salon. En effet, dans un ratio de 70/30, je jalouse quelque peu les guitaristes électriques et tous leurs gadgets à lampes et boutons et leurs tours d’amplis… et puis des guitares de toutes formes et couleurs. Dont certaines très amusantes à regarder.

Mais en tant qu’« acoustic snob », je craignais de ne pas voir assez de stands consacrés aux guitares acoustiques, mais loin s’en faut :

C.F. Martin & Co., Bourgeois Guitars, Atkin Guitars, Lowden Guitars, Furch Guitars, Lakewood, Iris Guitar Company, Cole Clark Guitars, Santa Cruz, Avalon Guitars, Dowina Guitars, BSG Handmade Guitars, Duke Guitars, Cuntz Guitars, Hanika Gitarren, Kremona Guitars, Cordoba, Guild, Cort, Finger Guitars, La Mancha Guitars, Lâg, Admira, Esteve Guitars, Juan Hernandez Guitars, Vicente Carrillo, Manuel Rodriguez, Yulong Guo, Wolfensberger Guitars, Lucenò Guitars, Can Oral Guitars, Daniel Ott Guitars, König Guitars, Kopo Guitars, LS Guitars, Dejawu Guitars, Heeres Guitars, Herbst Gitarrenbau, Yamaha, Dean, Luna, Donner, Aria Pro II.

Guitar Summit

Guitar Summit

Entre les grands noms, on trouvait aussi des productions plus modestes. Des accessoires pour guitaristes comme des cordes, capodastres, sangles, étuis et amplification, ainsi que du bois et du matériel de lutherie. 

J’aurais aimé voir un peu plus d’amplification acoustique et peut-être des microphones dédiés. Le stand AER était modeste (mais on m’y a reconnu pour ma collab avec Jacques Stotzem). Ma présence scénique n’est pas suffisante pour justifier l’achat d’un autre ampli pour l’instant. Un jour, qui sait.

Si on écoutait un peu de musique ?

Les concerts acoustiques du vendredi étaient parfaits pour se mettre dans le bain. 

Mary Spender, que j’avais envie de voir en live depuis longtemps. C’est une guitariste, auteure-compositrice-interprète et youtubeuse britannique. Son univers mélange folk, blues, rock et Americana, avec une place importante accordée au fingerstyle, aux arrangements guitare-voix et à un jeu parfois assez percussif. Elle a une voix soyeuse et un solide jeu de guitare. Il émane d’elle quelque chose de généreux et d’authentique qui me plait beaucoup.

Mary Spender @ Guitar Summit

Mary Spender @ Guitar Summit

Ensuite, Andy McKee, l’une des grandes figures du fingerstyle acoustique moderne. Il s’est fait connaître mondialement au milieu des années 2000 grâce à ses vidéos sur YouTube, en particulier « Drifting », où il combine tapping à deux mains, harmoniques, lignes de basse et percussions sur la caisse. Des morceaux comme Rylynn, For My Father ou Ebon Coast montrent son côté beaucoup plus mélodique, bien plus présent dans son set qu’on ne pense, et je ne m’en plains pas. Je l’avais vu en concert, il y a longtemps, et le voir, notamment en duo avec Don Ross était aussi un point fort de mon vendredi.

Andy Mc Kee & Don Ross @ Guitar Summit

Andy Mc Kee & Don Ross @ Guitar Summit

Ma zone de confort n’est pas toujours confortable

Poussé dans le dos par ma Lovely Roadie, je me décide samedi « enfin » à poser mes grosses pattes sur des instruments. Histoire de sortir de ma zone de confort inconfortable pour ne pas être venu « pour rien ». Sans oublier de décaler la boucle de ma ceinture sur le côté du pantalon pour ne pas abîmer les instruments.

Par curiosité, j’ai joué sur une Silent guitar de chez Yamaha. Quelle évolution ! La mienne doit avoir une quinzaine d’années au moins, le préampli est mort et elle me sert dans mes séances d’écriture ou d’échauffement mécanique. Les nouveaux modèles ont vraiment un magnifique son très authentique au casque. Le modèle Nylon est très plaisant également.

Yamaha Silent Guitar

Yamaha Silent Guitar

J’ai également testé quelques très bons ukulélés en Koa chez Voggenreiter et Flight Ukuleles. Chez Flight, ils avaient un modèle intéressant avec un système d’effets fonctionnant sans ampli (reverb et écho qui utilisent la caisse de résonance pour s’ajouter au son de l’instrument, intéressant, pas forcément ma came).

Ukulele @ Guitar Summit

Ukulele @ Guitar Summit

The place to be

Sur ce salon, j’ai croisé des stars reconnaissables entre toutes. Par exemple, Pierre Journel de la Chaîne Guitare qui arpente industrieusement les travées du Guitar Summit et dont les interviews vont sûrement raviver des souvenirs et susciter l’un ou l’autre regret de trucs que j’aurai manqués. 

Pas mal de blogueurs, vlogueurs sont en route, caméra et micro en main, c’est parfois un peu embêtant pour l’accès aux stands, quand on ne veut pas passer entre un objectif et son sujet. Je ne sais pas combien sont accrédités et combien sont amateurs. Chacun veut se montrer, réseauter et se vendre. Gratter un peu de miel de la ruche, c’est le jeu. De mon côté, pas de vlog, pas de vidéo, pas d’appareil photo, des photos floues et mal cadrées, juste une envie de vous raconter mon expérience. Je suis un guitariste qui roule pour raconter ma passion. 

Des concerts silencieux, au casque

Particularité du Guitar Summit, j’ai assisté à des concerts masterclass au casque. C’est amusant. Au milieu du brouhaha du salon, l’artiste sur scène joue pour un public portant des casques. C’est impressionnant. Et ça fonctionne bien. Mes oreilles me disent que sous-mixer un poil de reverb pour rendre la géométrie de la salle irait chercher le dernier carat d’immersion.

Pour améliorer encore un peu l’expérience, il faudrait aussi mettre les pompeurs manouches à un autre endroit. Malgré le casque bien isolant, on les entendait, notamment pendant la prestation de Mary Spender.

Au casque, j’ai assisté à Don Ross et Julia Malia, un sympathique duo qui mélange le groove de Don et la légèreté de Julia Malia (pensez « la belle et la bête » #cliché). J’ai également vu Mary Spender et Andy McKee dans une session plus proche du public que celle du vendredi.

Don Ross & Julia Malia

Don Ross & Julia Malia

J’ai aussi fait des haltes sporadiques à cette scène pour m’asseoir et écouter quelques musiciens classiques présentant des instruments et demandant au public de voter pour leur préféré.

Samedi, au Guitar Summit, c’est le drame

Pour mon plus grand malheur, j’ai pris en main un modèle du Custom Shop Martin. Bam, une OM légère avec un cutaway, des bois sélectionnés et très qualitatifs, des finitions style 28, un manche confortable malgré des cordes light et un son et une réactivité incroyables.

Martin OM @ Guitar Summit

Martin OM @ Guitar Summit

Il faut dire que mes achats de guitares ont toujours été des concours de circonstances. La première, une Takeharu, était liée à un budget de jeune un peu serré. Mon OM Dana Bourgeois était un rachat d’occasion à Jacques, une opportunité pour moi d’acheter une meilleure guitare pour élever mon jeu. Ma Martin OM21, je l’ai achetée sur la base d’une description technique pour avoir une machine de scène, ma picking machine. De bonnes guitares, arrivées au bon moment de ma vie, mais peu de coups de foudre ou d’amour spontané dans tout ça.

Combien de guitares faut-il à un guitariste ?

J’ai passé le reste du week-end du Guitar Summit à essayer de l’oublier en testant d’autres instruments. J’ai été moins emballé par tout ce que j’ai pris en main après. Trop douce, pas assez réactive, encore trop fermée, un manche en D trop marqué. 

L’histoire raconte qu’il y a au moins trois instruments dans la vie d’un guitariste. Sa première guitare, celle qu’il joue et celle qu’il veut. Combien en faut-il ? Une de plus !

Surtout, j’ai besoin d’une petite guitare simple pour donner cours et répéter hors de chez moi. Ou de remplacer ma Silent Guitar. C’est un peu raté.

Les manœuvres honteuses du dimanche

Le souci, c’est que la vente d’instruments n’est, assez paradoxalement, pas autorisée pendant le Guitar Summit. Je ne comprends pas, mais j’imagine que c’est pour une question de pouvoir maîtriser les entrées et sorties de matos.

Il a donc fallu manœuvrer pour extraire la guitare de l’inventaire importateur du salon. Pour un modèle de série, on ne l’aurait pas fait. Mais, pour un modèle Custom Shop assemblé à Nazareth aux USA, une pièce unique par définition, c’est compliqué. Cette guitare risquait de disparaître dans l’un ou l’autre stock ou chez un revendeur à l’autre bout de l’Allemagne ou ailleurs.

En bref, il a fallu que l’importateur la remette à un dealer-revendeur, que le revendeur la mette à son catalogue et qu’il me la vende pour ensuite me la livrer sur le parvis du salon. Rien d’illégal, mais pas très réglementaire. Mais, c’est amusant d’avoir rendez-vous dans le parking avec un dealer… de guitares. Un ukulélé a suivi le même chemin. On s’est bien fait engueuler, en allemand en plus; mais je m’en fous, je voulais cette guitare.

J’espère que personne n’aura d’ennuis. Attendu que sur l’un ou l’autre stand on m’a dit que tel ou tel instrument était « vendu », j’imagine que ce n’est pas exceptionnel non plus.

Le butin

  • des stickers
  • j’ai passé mon tour pour les médiators, j’en utilise peu, néanmoins il y a moyen de se fournir gratuitement pour toute une vie
  • des thumb picks et finger picks
  • des cordes et des produits d’entretien gagnés à des concours
  • des T‑shirts de merch
  • J’ai acheté un lutrin pliant ultraléger chez Miniput pour papier, iPad et smartphone
  • un ukulélé concert Voggenreiter en Koa
  • une guitare Martin OM

Le bilan

Je venais au Guitar Summit avec deux craintes : celle de trouver un salon essentiellement consacré à la guitare électrique et celle de rester trop intimidé pour vraiment profiter des instruments et aller à la rencontre des exposants. Deux craintes qui se sont révélées largement infondées.

Les guitaristes acoustiques ont largement de quoi s’occuper, entre les grandes marques, les petits luthiers, les accessoires, les concerts et les masterclasses. Sans doute que deux jours suffiraient, avec un dernier jour raccourci pour effectuer les achats d’accessoires (mais pas d’instruments, c’est interdit !). Le pack complet avec hôtel proche du Rosengarten et les vouchers repas des food trucks inclus est aussi bien pensé. Ça permet d’oublier complètement la logistique et de s’immerger dans le salon, en se reposant entre les tournées des stands.

Concernant ma timidité… je suis passé d’un premier tour où je n’osais pratiquement toucher à rien à l’achat « hors des clous » d’une Martin Custom Shop et d’un ukulélé sur le parking du salon. On peut considérer que j’ai légèrement progressé. Merci ma Lovely Roadie. J’ai essayé des instruments, découvert des fabricants que je connaissais peu, écouté des guitaristes que j’admire et, surtout, pris beaucoup de plaisir à passer trois jours entouré de gens qui partagent la même passion. C’était agréable de débrancher la télé de ma vie et d’errer dans les travées du Guitar Summit, entouré de gens dont les yeux brillent de la même passion que moi.

Mon objectif était de faire le Guitar Summit au moins une fois dans ma vie.
Verdict : à faire au moins une fois dans sa vie. Et, probablement plus d’une.

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