J’aurais pu intituler cet article « Et voici, monsieur le juge, comment tout a commencé… ». Après mon escapade en amoureux au GUITAR SUMMIT 2026, je me retrouve donc avec une superbe guitare, une Martin OM-28.
Si ta vie est merdique, achète une guitare. Ta vie sera toujours merdique, mais au moins tu auras une guitare.

Martin OM-28 Wild grain vision (photo Musifacts)
Le plan A
Au départ, je comptais surtout regarder les guitares de voyage, ou des modèles compacts et entrée de gamme comme les Martin Streetmaster JRE par exemple. Accessoirement, je comptais jeter un œil (et une oreille) sur les pédales AFX de chez Fishman, et les amplis chez Fishman et AER. Rien de bien foufou, en somme.
L’autre guitare qui me trottait en tête était la Martin SC-28 E, un outil musical hypermoderne bourré d’innovations. Je l’aurais volontiers réessayée pour me refaire une idée de sa prise en main et de sa projection sonore. J’aurais aimé l’entendre amplifiée éventuellement, pour réévaluer le pickup LR Baggs Anthem monté de série dedans.
Je n’ai d’ailleurs pas vu de réelle innovation côté pickup, piézo et compagnie. Les fabricants semblent avoir arrêté le combat entre les capteurs piézoélectriques et magnétiques (et leurs insuffisances), les microphones (et leurs défauts) et les simulations sonores traitées numériquement (et leur insupportable perfection) ou une hybridation de ces solutions (et sa complexité de mise en œuvre). Good enough ?
On mange joue aussi avec les yeux
Cherchant des yeux une Martin SC-28E sur le stand de Musifacts, mon œil est attiré « naturellement » par une séduisante guitare avec une table en épicéa de Sitka, dos et éclisses en palissandre indien (ou un bois semblable), un cutaway et des finitions de type 28 (herringbone).

Martin OM-28 Wild grain vision (photo Musifacts)
Après un moment d’hésitation, j’ai pris possession d’un tabouret, puis la guitare en main (après avoir timidement demandé le droit de la tester). Peut-être un peu trop spectaculaire de prime abord à mon goût. J’aime bien un côté minimaliste pour la finition d’une guitare. Certainement un peu trop rétro aussi, alors que j’étais parti avec l’envie d’une guitare hypermoderne en tête.
Mais sous cet aspect un peu vintage se cachait la modernité du profil du manche, avec une jouabilité incroyable. La légèreté et la réponse époustouflante m’ont cueilli.
La fiche technique
C’est un modèle Custom Shop à la finition particulièrement soignée et aux spécifications plutôt impressionnantes. J’ai retrouvé sa fiche technique en ligne. Elle est un peu longue et fleure parfois bon le catalogue commercial, mais elle permet de comprendre ce qui se cache sous le capot boisé de la belle :
La Martin OM-28 Custom « The Wild Grain Vision » associe le savoir-faire traditionnel de Martin à des bois soigneusement sélectionnés et à une jouabilité moderne pour créer une guitare Orchestra Model exclusive, offrant une profondeur sonore et une dynamique remarquables.

Sa table massive en épicéa Sitka finement veiné avec finition Aging Toner offre une réponse rapide, des aigus brillants et un équilibre sonore exceptionnel. Associée au dos et aux éclisses en Wild Grain East Indian Rosewood, la OM-28 Custom développe un son riche et harmonieux avec des basses chaleureuses, des médiums transparents et les harmoniques scintillantes caractéristiques de ce bois prestigieux.
Le barrage scallopé en épicéa Adirondack favorise une résonance ouverte et procure une projection impressionnante, une large dynamique et une réponse particulièrement vivante. La caisse OM offre un équilibre idéal entre confort, précision et polyvalence, parfaitement adapté au fingerstyle, au flatpicking et au jeu acoustique expressif.
La touche en ébène noir avec incrustations classiques – diamonds and squares – garantit une jouabilité fluide et précise sur l’ensemble du manche. Le chevalet assorti en ébène noir ainsi que le logo Old Style Gold sur la tête complètent cette élégante configuration.
Le profil de manche Golden Era Modified Low Oval offre une jouabilité moderne tout en conservant les sensations traditionnelles Martin, aussi bien pour le fingerpicking délicat que pour les rythmiques dynamiques. La finition brillante met magnifiquement en valeur le veinage spectaculaire du Wild Grain East Indian Rosewood.
Une hésitation d’un jour et une nuit
Je suis passé la revoir quelques fois, en m’enquérant de la possibilité de l’acheter, ce qui n’était pas si évident. Finalement, comme il s’agit tout de même d’un achat sérieux, j’ai décidé de jouer plus longuement sur cette OM. Ma Lovely Roadie a même fini par me demander, un peu gênée, si j’allais vraiment jouer tout mon set dessus.
Dans le brouhaha d’un salon, il faut évidemment un peu tendre l’oreille. Il ne suffit pas de gratter trois accords low key en première position. Je voulais en avoir le cœur net : réponse, intonation, justesse, inflexions, musicalité, jouabilité. Avant ma décision finale, j’ai alterné morceaux dynamiques, rock acoustique, ballades, ambiances celtiques, blues rugueux et ragtime syncopé.
Objectif : la confronter à ma palette technique et musicale sans retenir mon jeu, onglets compris. Le risque était de la sous-jouer et de ne découvrir qu’une fois rentré à la maison ses limites : compression lorsqu’on la pousse, manque de projection, dynamique insuffisante ou notes qui se brouillent dans les passages chargés.
RAS, mon capitaine, elle coche toutes les cases.
Alors, heureuse ?
Amusant, finalement, d’avoir eu l’œil attiré par une guitare surnommée « The Wild Grain Vision ». Un joli clin d’œil du hasard.
J’attends encore l’étui hardshell d’origine qui doit me parvenir. Ils peinaient à le retrouver au milieu de la cinquantaine d’étuis vides stockés dans le camion. Ils m’ont prêté un gigbag pour le transport. Je considérerai le dossier définitivement clos quand ce détail sera réglé.
Ça ne m’a pas empêché de passer déjà quelques longs instants en tête-à-tête avec mon petit coup de folie. Le son est superbe et je ne me lasse pas de la jouabilité de ce manche.
Aucun regret.