
David van Lochem au studio
Septembre. Les vacances se terminent et quelque part dans la maison, une guitare nous regarde avec un léger air de reproche. Enfin, ça, c’est peut-être moi qui projette.
L’été est rarement la période la plus structurée pour travailler son instrument. On joue un peu dehors, on emporte éventuellement une guitare en vacances, on gratouille trois morceaux entre deux apéros et on se promet qu’« à la rentrée, on va s’y remettre sérieusement ».
Reprendre là où on est vraiment
Après quelques semaines de pratique irrégulière, certaines choses reviennent immédiatement. D’autres beaucoup moins. Un morceau que je pensais parfaitement connaître s’est mystérieusement débarrassé de quatre mesures. Un passage rapide est devenu nettement moins rapide. Certains doigtés semblent avoir été conçus par quelqu’un qui me déteste personnellement.

Tablature et solfège soignés
C’est normal. La première étape consiste donc simplement à refaire l’inventaire.
- Quels morceaux puis-je encore jouer correctement ?
- Lesquels demandent un petit rafraîchissement ?
- Lesquels sont devenus des chantiers archéologiques ?
Inutile de reprendre immédiatement tout son répertoire depuis la première mesure. Quelques morceaux bien choisis permettent déjà de remettre les doigts et le cerveau en mouvement.
Vingt minutes valent mieux que deux heures
Travailler au métronomeJe l’ai déjà constaté souvent : on surestime ce qu’on peut accomplir pendant une grosse séance et on sous-estime complètement ce que vingt ou trente minutes quotidiennes peuvent produire pendant plusieurs mois.
Le problème n’est généralement pas de trouver deux heures pour jouer de la guitare. Le problème est justement qu’on attend d’avoir deux heures. Et comme elles n’arrivent jamais, on ne joue pas. Une petite séance peut largement suffire :
- quelques minutes pour délier les doigts ;
- un passage technique réellement difficile ;
- un morceau du répertoire ;
- quelques minutes consacrées à quelque chose de nouveau.
Ce n’est pas spectaculaire. Mais la progression musicale se nourrit assez mal de spectaculaire. Elle préfère la répétition.
Choisir un vrai objectif de rentrée
« Jouer mieux de la guitare » n’est pas un objectif. C’est à peu près aussi précis que « devenir quelqu’un de meilleur ». Je préfère choisir quelque chose de concret pour les prochains mois.
- Apprendre un morceau qui me résiste.
- Terminer une composition.
- Améliorer un arrangement.
- Travailler sérieusement le rythme.
- Remettre quelques morceaux de concert au propre.
- Ou simplement parvenir à jouer cinq morceaux d’affilée sans s’arrêter à la première petite erreur.
Ce dernier point paraît anodin, mais jouer un morceau et savoir interpréter un morceau sont deux choses assez différentes.
Petite piqûre de rappel : travailler sans métronome, c’est jouer,… pas travailler.

À la maison, on peut recommencer vingt fois une mesure.
Sur scène, la mesure est déjà passée. Il faut continuer avec dignité en espérant que personne n’a remarqué le carnage. C’est une compétence qui se travaille aussi. Ce qui m’amène au point suivant.
Planifier votre retour, rejouer pour quelqu’un
Il y a aussi une chose que j’aimerais continuer à faire : jouer devant des gens. Pas nécessairement sur une grande scène. Un concert, une petite scène ouverte, quelques amis, une vidéo enregistrée d’une traite : dès qu’il existe un auditeur, même virtuel, notre manière de jouer change.
- On découvre les morceaux qu’on connaît réellement.
- Et ceux qu’on croyait connaître.
- La petite hésitation que l’on tolère depuis six mois devient soudain gigantesque lorsqu’on sait que quelqu’un écoute.
C’est parfois cruel, mais remarquablement efficace. Alors pour la rentrée, je ressors les guitares, je vérifie l’accordage, je remets quelques morceaux sur le pupitre et je recommence. Pas de grande résolution, juste un petit retour aux affaires.
Jouer. On verra bien jusqu’où cela nous mène.

David van Lochem au studio