Casque à conduction osseuse : OpenRun Pro de Shokz

Je me passionne pour tout ce qui touche à la restitution sonore depuis un moment. En passant par les rayons d’un supermarché de produits électroniques grand public, j’ai chaussé un casque à conduction osseuse, par curiosité. Je m’attendais à un son maigrelet. Le son des vieux cornets de téléphone, des radios à transistor ou des mauvaises enceintes Bluetooth. J’ai été surpris positivement. Malheureusement, le petit présentoir ne permettait de choisir qu’entre 3 ou 4 morceaux. J’avais l’impression qu’ils étaient choisis ou mixés pour flatter l’écoute (mmm, il doit exister un contrepet avec « flatter la réécoute », mais là je ne l’ai pas).

J’ai donc commandé un casque OpenRun Pro de Shokz pour l’essayer à la maison. Et je l’ai renvoyé le jour même. D’une part je n’étais pas convaincu par le son, d’autre part, je me demandais quand il allait me servir. Mais au passage, j’avais tout de même relevé quelques avantages. J’ai laissé mûrir l’idée et puis j’en ai acheté un que j’ai décidé de garder.

OpenRun Pro de Shokz, un casque à conduction osseuse (image Shokz)

OpenRun Pro de Shokz, un casque à conduction osseuse (image Shokz)

La conduction osseuse, comment ça marche ?

Beethoven utilisait, paraît-il, une baguette posée sur le piano et serrée entre les dents pour entendre malgré sa surdité. Selon le même principe (mais sans devoir transporter un piano), les casques à conduction osseuse transmettent le son directement à l’oreille interne en contournant le tympan. Contrairement aux écouteurs traditionnels qui diffusent le son directement dans le canal auditif, les casques à conduction osseuse envoient des vibrations sonores à travers les os du crâne, qui sont ensuite interprétées par l’oreille interne. Cela permet de percevoir le son sans obstruer leur canal auditif, ce qui peut être particulièrement utile dans certaines situations. 

Quels sont les avantages de ce système ?

  1. La sécurité : Puisque les oreilles restent libres, on reste conscient de son environnement, ce qui est essentiel lors de la pratique d’activités comme le vélo, la course à pied ou la marche.
  2. Confort pour les personnes malentendantes : Les casques à conduction osseuse peuvent être une option pour les personnes souffrant de problèmes d’audition, car ils contournent les obstacles auditifs externes.
  3. Applications militaires et professionnelles : Certains modèles de casques à conduction osseuse sont utilisés dans des environnements professionnels ou militaires où il est essentiel de rester conscient des sons environnants tout en recevant des informations audio.
  4. Réduction du risque de dommages auditifs : Étant donné que ces casques ne nécessitent pas l’utilisation d’écouteurs insérés dans le canal auditif, ils peuvent contribuer à réduire le risque de dommages auditifs liés à un volume sonore excessif.
  5. Utilisation dans les sports aquatiques : Certains modèles sont conçus pour être résistants à l’eau, ce qui les rend adaptés à une utilisation pendant la natation ou d’autres activités aquatiques.

Les avantages de la conduction osseuse pour moi

Personnellement, bien que je ne sois pas un grand sportif, j’y vois plusieurs avantages.

Quand je marche ou quand je cours (mais je ne cours jamais) avec des intras, souvent le bruit de mes pas se transmet à mon canal auditif bouché et ça fait « thump thump » quand je marche, et je suis obligé de monter le son. Avec la conduction osseuse, en gardant le conduit auditif dégagé, fini le bruit de pas dans la tête. Pareil quand je m’agite pour faire le ménage, par exemple. Les supra-auriculaires sont inconfortables avec les branches des lunettes. Par ailleurs, les casques périauriculaires sont un peu chauds et encombrants.

Les enceintes de monitoring sont parfois un peu épuisantes pour les oreilles à la longue. Quand je passe la journée devant l’ordi avec un casque intra ou périauriculaire, je finis par ressentir une sorte de vertige claustrophobique. Ici, en combinant les oreilles dégagées et un volume pas trop élevé, je reste conscient de mon environnement. Je peux ainsi un peu apprivoiser mon hypervigilance.

Et le son ?

Au magasin, je les avais posés un peu négligemment sur mes oreilles et ça rendait bien. Une fois à la maison, j’ai commis l’erreur de les poser trop près du, voire sur le tragus, la saillie du pavillon de l’oreille côté visage qui protège l’entrée du conduit. Lors de mon second test, j’ai posé les écouteurs à conduction osseuse plus loin. Une fois posés plus sur l’os de la mâchoire, ce fut la révélation. Évidemment, si vous aimez les volumes puissants et les basses pleines, passez votre chemin.

Pour moi il s’agissait surtout d’une solution confortable. C’est un peu comme écouter de la musique dans un atelier ou une salle d’attente. Je m’étonne d’ailleurs parfois de la sensation d’un son dans la pièce, alors qu’autour de moi on n’entend rien.

Sans atténuation du bruit extérieur et oreilles découvertes, le casque est évidemment très sensible du bruit environnant. Dans un environnement bruyant, il pourrait être inaudible. Mais c’est un choix de conception, pas un défaut. 

C’est dans la boite !

Je ne me passionne guère pour les emballages. La boite en carton contient un joli étui de protection, le câble de charge, un serre-tête avec une bande siliconée pour les jogueurs et jogueuses et les modes d’emploi et la garantie. L’étui semi-rigide à une forme aplatie qui permet de le glisser dans la poche d’un sac. Malheureusement le cable utilise un connecteur propriétaire. Mais les ports USB ne sont pas connus pour leur résistance à l’humdité.

OpenRun Pro de Shokz, un casque à conduction osseuse

OpenRun Pro de Shokz, un casque à conduction osseuse

Le casque est hyperléger (29 grammes) et se fait oublier. La tension de l’arceau est parfaite pour le maintenir en place. L’arceau tendu laisse un peu d’espace avec l’arrière du crâne, c’est un peu difficile de se coucher sur le dos avec le casque. Le casque possède deux boutons à droite, volume + (appui long pour ON/OFF/appariement BT) et volume — et un bouton multifonction à gauche (Play, Pause, décrocher un appel, double appui pour passer au morceau suivant). Les appels sont de bonne qualité. 

OpenRun Pro de Shokz, un casque à conduction osseuse

OpenRun Pro de Shokz, un casque à conduction osseuse

Avec une autonomie d’une dizaine d’heures, il sera sans doute à court de charge avant que je ne termine mon marathon, mais pour une journée de travail, ça fera l’affaire. Le casque est certifié IP55 (résistant à la sueur et aux éclaboussures). D’autres modèles résistent à l’immersion. C’est un détail heureux, le casque se porte très bien avec des lunettes.

Conclusion

Il s’agit pour moi d’un petit caprice, un achat superfétatoire. C’est un choix de confort très personnel pour lutter à la fois contre ma claustrophobie auditive et mon hypervigilance. L’objectif final est de réduire mon niveau de stress et ma fatigue nerveuse. En tout cas, pour les sportifs et sportives, je recommande la conduction osseuse. Pour les audiophiles, ce n’est évidemment qu’un compromis sonore à mettre en balance avec le confort et l’utilisation.

Note :Je ne suis pas sûr que je pourrais les porter en faisant du vélo, la musique captant une part importante de ma vigilance.

Pour une fois ma cote sur l’échelle de piments sera double :

  • Pour la qualité sonore pure, je donne un 6/10. 

  • Pour écouter de la musique en pratiquant une activité physique, et toutes les situations où on a besoin de rester conscient de son environnement, je donne un 8/10. Cette note tient également compte du confort et de l’ergonomie du casque. 

    Vu qu’il s’agit des scénarios pour lesquels ce casque à conduction osseuse est conçu, c’est évidemment cette note qu’il faut retenir.

 

Abandonner.

Bon, je n’abandonne pas, même si cette semaine, après m’être arraché un bout ongle de la main droite et coupé dans le pouce gauche, je suis un peu en repos forcé. Mais autour de moi j’ai souvent entendu cette phrase. Pourquoi certains veulent abandonner l’apprentissage de la guitare (ou d’un instrument) alors que l’envie est bien présente et qu’ils ont pourtant du plaisir à jouer ? Comment ne pas se décourager ?

Abandonner la guitare ?

Abandonner la guitare ?

Le manque de temps qui fait abandonner

Certaines activités n’occupent que le temps nécessaire à la pratique, comme une séance de Yoga ou une visite à la salle de sport. Mais si une activité implique un apprentissage personnel sur le moyen ou long terme, il faudra immanquablement libérer du temps pour la pratiquer. Parfois, les gens se comportent comme si il existait une petite poche de temps cachée dans laquelle on peut puiser au besoin pour allonger sa journée. On ne « trouve » pas le temps, il faut le « prendre ». 

L’apprentissage d’un instrument passe par une programmation fine de la mémoire musculaire. Ce qui nécessite un apprentissage régulier à base de répétitions des mêmes gestes pour les rendre fluides, rapides et répétables. Il existe 4 stades dans l’apprentissage et on risque de s’embourber indéfiniment entre le premier et le second stade, quelque part entre l’incompétence consciente et la compétence consciente, sans arriver à fixer le second stade. Sans répétition quotidienne, les doigts restent douloureux et les accords ne s’enchaînent toujours pas. Il sera impossible d’installer des automatismes. Dans une masterclass, Francis Cabrel disait jouer tous les jours, parce que « sinon quand tu redémarres, c’est une vraie souffrance ». 

Les solutions :

  • prévoir du temps pour travailler et le planifier à l’avance comme s’il sagissait aussi d’une activité
  • travailler un peu tous les jours, plutôt que de faire une ou deux grosses séances hebdomadaires « parce que le cours approche et que je n’ai pas travaillé »
  • garder son instrument à portée de main et avoir un endroit facilement accessible pour travailler. Si chaque répetition commence par dix minutes de déménagement cela complique grandement les choses

Jouer au lieu de travailler

– J’ai l’impression de stagner ?!
– Combien de temps joues-tu chaque jour ?
– Plus d’une heure !
– Et sur cette heure, combien de temps travailles-tu ?

Je pense avoir eu cette discussion une bonne dizaine de fois déjà !

La différence entre jouer et travailler c’est le « focus mental ». Souvent on joue et on se dit, j’ai bien (ou mal) joué. Mais travailler nécessite de se fixer un objectif préalable. 

Les solutions 

Se fixer des objectifs clairs :

  • jouer l’entièreté du morceau sans faute
  • passer un passage difficile
  • enchaîner plusieurs passages de manière fluide
  • respecter le rythme
  • respecter la vitesse (sans accélérer ou ralentir)
  • contrôler son son, sa projection sonore et la dynamique du morceau

Ne pas avoir de méthode 

Ce point recouvre un petit peu le point précédent. Si vous n’avez pas de méthode, vous jouez au lieu de travailler.

Solution :

Une bonne séance de travail serait :

  • accordage, vérification et entretien de la guitare si nécessaire
  • échauffement (5% du temps) – en profiter pour apprendre une gamme, une tonalité ou mémoriser des notes ou des accords
  • jouer (40%) des morceaux déjà connus en cherchant à en améliorer l’interprétation,
  • travailler (15%) pour rendre un autre morceau jouable
  • une fois échauffé, mais pas fatigué, travailler brièvement des choses très techniques (vitesse, positions ardues, enchaînements)
  • jouer à nouveau (15%) en travaillant par exemple le filage des séquences d’un morceau
  • jouer des pièces (ad libitum) pour se faire plaisir (ne jamais oublier de se faire plaisir aussi)
  • accorder, nettoyer et ranger l’instrument

Mettre la barre trop haut… ou trop bas !

Dans un apprentissage, on navigue dans les eaux troubles entre ne jamais être satisfait et se contenter de peu. Il faut trouver l’équilibre entre l’indulgence envers un apprentissage en cours et des objectifs ambitieux. Si vous êtes trop vite content, vous ne jouerez pas bien. Si vous n’êtes qu’insatisfait de votre progression, vous allez abandonner tôt ou tard.

Que vous soyez un débutant frustré par des accords difficiles ou un musicien expérimenté confronté à la stagnation, rappelez-vous que chaque heure passée à pratiquer la guitare vous rapproche de la maîtrise et de la réalisation personnelle. La musique est un voyage sans fin, et en persistant, vous découvrirez des horizons musicaux encore inexplorés. Ne laissez jamais la frustration ou la difficulté vous décourager, car chaque note jouée vous rapproche de la beauté de la musique que vous pouvez créer.

Alors, serrez les cordes, accordez votre détermination, et poursuivez votre passion, car chaque note jouée est un pas sur la mélodie de votre propre évolution et de votre persévérance face à l’envie de tout abandonner.

Ne joue pas pour des gens qui mangent !

Après mon stage de Ukulele à Neundorf, il a été assez rapidement question de m’inviter pour une prestation musicale dans le cadre des portes ouvertes pour les 40 ans de l’atelier créatif.

« Ne joue pas pour des gens qui mangent ! » m’a dit un jour un de mes mentors. Un conseil dont la sagesse se  vérifie chaque fois. Quand les gens mangent, cela veut dire qu’ils ne sont pas venus pour la musique. Ils sont là pour passer un bon moment. Et la musique peut faire partie de ce moment, mais elle ne sera jamais au centre de l’attention. C’est pourquoi je distingue depuis toujours les « concerts » des « animations musicales ». Dès lors, j’ai remis cet excellent conseil à ma sauce : « Quand tu joues pour des gens qui mangent, ne t’attends pas à être très écouté ».

Réception de mise à la pension

La matinée est consacrée à la mise à la pension des deux piliers historiques de l’atelier, une animatrice et une coordinatrice qui prennent une pension bien méritée. J’ai lancé les festivités avec « Have a beer », le morceau qui démarre quasi tous mes concerts. 

Ensuite, après les discours, remises de cadeaux et de fleurs, j’ai enchaîné avec quelques morceaux pendant le walking dinner. L’objectif est pour moi d’assurer une présence « efficace » sans en faire trop. Je cherche toujours à remplir ma part du contrat.

C’est un exercice étrange et fatigant, car il faut malgré tout jeter beaucoup d’énergie pour exister dans un sentiment de vide. Rien ne sert de vouloir jouer plus fort, les gens ne feraient que parler plus fort.

40 ans d'atelier créatif, ça se fête

40 ans d’atelier créatif, ça se fête

Quelques personnes viennent me féliciter, parler musique et guitare, ou même me demander des infos de booking. C’est plutôt une bonne surprise. Dans chaque foule, il y a toujours quelques personnes qui écoutent et apprécient. Heureusement, cela permet de ne pas trop souffrir de la vanité de l’exercice et de titiller le sentiment d’imposture. La région germanophone a toujours manifesté beaucoup d’intérêt pour la guitare acoustique, comme en témoignent mes concerts à Eupen ou à Saint-Vith et les bons retours que j’en ai eu.

Le temps d’avaler quelques bouchées et il est temps de déménager vers l’atelier. Ma Lovely Roadie recharge la voiture et nous parcourons… 50 mètres pour nous garer à l’ombre. Le temps de faire une petite sieste dans l’auto et il faut réinstaller le matériel dans la cuisine de l’atelier.

Portes ouvertes à l’atelier créatif

L’après-midi, j’ai changé d’instrument. Avec mon ukulele, l’idée est d’animer musicalement la journée portes ouvertes. Mais l’acoustique de la « cuisine » ne se prête guère au mélange des voix et des conversations, un comble alors qu’il s’agit d’une salle de classe. Ma Lovely Roadie, qui est enseignante, me dira que c’est son quotidien.

One Man in the Kitchen Band

One Man in the Kitchen Band

Je finirai par jouer dehors en profitant du passage et du soleil d’octobre. Il y a pas mal de monde dehors pour profiter des animations. Ce n’est pas plus mal. Quelques enfants viendront même danser devant moi. Leur spontanéité fait plaisir à voir.

Je retire beaucoup de positif de cette journée à l’atelier créatif de Neundorf. Outre le plaisir de jouer, j’ai pu nouer quelques contacts utiles. J’espère avoir suscité l’envie d’y tenir un autre stage d’été. J’y ai croisé mon inattendue « belle-soeur ». J’ai assisté à de belles démonstrations de toutes sortes. J’ai mangé du «Streuselkuchen», chose qui ne m’était plus arrivée depuis longtemps, une vraie madeleine de Proust. Ils savent faire des gateaux dans ma région natale, c’est sûr.

Mais j’avoue que j’ai aussi faim d’un vrai concert.

Jacques Stotzem prend l’AER

.Jacques Stotzem a fait le choix récemment de collaborer dorénavant avec AER Amps pour son amplification sur scène. Au-delà des spécifications techniques qui peuvent motiver ce genre de décision, j’ai eu envie d’en savoir plus. J’ai rencontré Jacques pour un entretien à propos de ce changement. J’avais envie de lever le voile sur les relations entre un fabricant de matériel et un artiste qui voyage de scène en scène.

Jacques Stotzem chez AER

Jacques Stotzem chez AER

Jacques, celles et ceux qui te suivent de longue date savent à quel point tu es quelqu’un de fidèle dans tes relations amicales et professionnelles. Tu changes également assez rarement de matériel. Le fait de rejoindre l’équipe d’AER amps a pu être une surprise pour certains et pour certaines. Pourquoi as-tu décidé de changer à ce stade de ta carrière artistique ?

Jaques Stotzem : Comme tu dis, j’ai une grande fidélité dans mes relations en général et aussi dans mes relations avec le matériel parce que je suis plutôt quelqu’un de la vieille école. C’est-à-dire que bon, j’aime le son de ma guitare, j’aime le son que je peux avoir avec le matériel que j’utilise. Je n’ai pas forcément envie de changer.

Mais j’ai découvert un ampli AER qui me correspondait, c’est-à-dire un ampli compact et puissant, avec vraiment une très belle sonorité, une très belle réverb. Et je pense quand même qu’en tant qu’artiste, il y a une relation qui s’installe entre une firme et un artiste. Je sentais aussi que ma relation professionnelle avec Fishman arrivait un peu dans une sorte de voie de garage.

Justement, qu’est-ce que tu considères comme important dans la relation entre toi et les marques ?

J.S. : Moi en ce qui me concerne, c’était avant tout l’attrait de matériel que j’aime et que j’aime utiliser. Je n’ai jamais de ma vie utilisé une guitare, ou des cordes ou un ampli que je n’aimais pas, donc je dois d’abord être profondément convaincu du matériel que j’utilise. C’est une première chose. Mais aussi en tant qu’artiste vis-à-vis d’une firme, il y a une sorte de relation win-win. C’est-à-dire qu’on établit une relation en se disant voilà, je vais utiliser ton matériel parce que c’est quelque chose dont je suis convaincu professionnellement en tant qu’artiste.

La firme de son côté, si tu veux, doit te permettre d’avoir autre chose que l’ampli ou des cordes de guitare ou même une guitare. C’est-à-dire c’est une relation professionnelle d’échange, par exemple des invitations à jouer dans tel festival ou bien dans un salon professionnel, des choses comme ça. Et à ce niveau-là, si tu veux dans ma relation avec Fishman, il ne se passait plus rien.

Quels ont été les facteurs clés qui ont influencé ta décision ?

J.S. : Géographiquement, c’est beaucoup plus simple d’avoir une relation avec une firme européenne qu’avec une firme américaine. AER amps, que je connais depuis très longtemps a sorti cet ampli, le Compact XL. J’ai eu l’occasion, il y a plus d’un an déjà, de l’essayer dans un salon de musique à Prague. Et j’ai vraiment, vraiment été épaté par le son.

Et c’est une relation qui s’est établie avec AER petit à petit. Je sentais vraiment l’intérêt de la firme d’avoir un nouvel artiste dans leur équipe. Après les avoir rencontrés, avoir visité la fabrique, je me suis rendu compte qu’il y avait une relation qui pouvait être établie et qui pouvait durer sur le long terme. Pour moi c’est cette optique d’un échange réciproque, en plus de la conviction profonde que le matériel sonne vraiment bien qui m’ont décidé.

Moi, ce que je cherche toujours dans un ampli, c’est un ampli qui ne colore pas le son. Je n’attends pas le son d’un amplificateur avec une certaine coloration. J’attends que l’ampli me donne le son de ma guitare tout simplement. C’est un son acoustique et dans cette optique-là, le AER Compact XL 80 remplissait à 100 % cette attente. Si tu veux, mon objectif de base, c’est toujours d’abord d’aimer le son.

Il y avait pour moi aussi une question un peu philosophique ou éthique. Même si c’est de l’électronique, donc que les pièces viennent d’Asie, tout est assemblé à l’usine qui est à 150 km de chez nous. Si j’ai un souci ou quoi-que-ce-soit, je prends ma voiture et 2 heures après je suis à la fabrique. Il y a un grand nombre de personnes qui travaillent aux soudures dans un environnement protégé. Même les housses fournies avec les amplis sont faites en Europe. Au niveau de la démarche, de la production, du commerce, je trouvais aussi que ça me correspondait beaucoup mieux. Dans le sens de me dire, est-ce que notre société ne devrait pas un peu changer vers un mieux à ce niveau-là ?

Peut-on dire que tu préfères ne pas trop t’intéresser à la technique et au matériel. Tu cherches juste la meilleure solution, une certaine efficacité ? Serais-tu d’accord avec la phrase « Le meilleur matériel c’est celui dont on ne parle pas ? ». Le célèbre « setup and forget ».

J.S. : Je pense que c’est ça. J’ai juste besoin de ma ligne de guitare qui mélange déjà 2 signaux. Un capteur de chevalet et un microphone. Et ça part via un Jack mono qui mélange les deux.

Je suis convaincu qu’un capteur de chevalet peut être aussi bon qu’il veut, mais il n’est jamais assez bon pour reproduire le son d’une guitare acoustique. Donc ce qui va reproduire le son d’une guitare acoustique, c’est le système le plus ancestral, c’est un micro devant la guitare ou un micro à l’intérieur de la guitare. C’est quand même toujours ce qui va rendre le son d’une guitare le plus naturel. Mais ça peut engendrer des problèmes de feedback. C’est le capteur qui va donner la dynamique au son et le microphone va amener du naturel. Je trouve que cette manière de mélanger 2 signaux dans un signal mono reste pour moi vraiment la meilleure solution.

Quand tu disais que le meilleur matériel est celui dont on ne parle pas, moi je veux surtout voyager léger. Parce qu’il n’y a rien de plus embarrassant que de se retrouver avant un concert à devoir faire un soundcheck interminable parce que tu as des tonnes de choses à régler. Le soundcheck c’est toujours très fatigant, éprouvant. Je veux que ça dure une demi-heure au maximum. Comme ça tu conserves toute ton énergie pour le concert. C’est un objectif que j’ai toujours eu. Je me rends compte que c’est utile pour l’efficacité du concert, d’avoir gardé ton énergie et de ne pas la perdre dans un soundcheck interminable.

As-tu déjà envisagé des systèmes stéréo avec plusieurs capteurs/microphones ? Par exemple pour exploiter le second canal de tes amplis ?

J.S. : Non, jamais non, tout simplement parce que voilà, j’ai le pick-up que j’utilise, le Fishman Ellipse Blend dont je suis toujours très content. Mais ce n’est vraiment pas quelque chose de techniquement compliqué. Je ne suis pas du tout sûr que les systèmes stéréo que j’entends parfois amènent un meilleur son. Mais ça, c’est une conviction en tant qu’artiste, c’est un goût personnel. Ça amène d’autres perspectives peut-être, mais ce ne sont pas des perspectives qui m’intéressent parce que comme je l’ai dit, je fais partie de la vieille école.

Ce côté « old school », je l’appelle toujours la génération « Plug-and-play ». J’arrive, je branche ma guitare dans un ampli ou dans une DI box et le son va dans la sono, un point c’est tout. Je ne cherche pas plus.

Mais si maintenant, on joue avec des boucles ou des choses comme ça, on peut utiliser un autre capteur pour des boucles. Et puis remixer avec autre chose qu’on rejoue par-dessus. Je comprends qu’on soit intéressé par ce type de systèmes pour utiliser des effets différents.

Mais moi, pour la musique que je fais, je n’y vois pas d’intérêt. C’est quelque chose avec lequel je ne me casse pas trop la tête, parce que je sais qu’à terme ça va être trop difficile à gérer.

Le public a-t-il réagi à ce changement de son dans tes performances live depuis que tu utilises le nouvel ampli ?

J.S. : Non, je n’ai pas vraiment eu de réactions d’étonnement concernant une différence de son, tout le monde dit qu’il est très bon. Alors pour moi, c’est le principal. Il y a des guitaristes qui viennent me dire, j’ai vu que tu avais changé d’ampli et j’aime vraiment beaucoup le son. Ils ne me disent pas que le son est différent ou que le son a changé ou que le son est étrange. On reste dans une continuité, si tu veux. À partir du moment où ma guitare est amplifiée, elle sonne comme ma guitare.

Effectivement, je t’ai entendu jouer sur l’ampli AER à Villers lors du tournage du trailer de « Histoires sans mots » et je n’ai pas été surpris par le son. Alors, dit comme ça, ça peut sembler être une critique. Mais en fait, c’est tout le contraire dans le sens où ce son m’a paru normal. C’est le son que j’attendais, c’était le son de ta guitare comme je l’ai toujours entendu.

J.S. : Je pense que dans le monde de la guitare acoustique avoir un ampli transparent, c’est important. Je pense qu’on n’est pas dans la même approche que les guitaristes électriques qui recherchent justement le son d’un vieil ampli Vox ou le son d’un vieil ampli Marshall, par exemple. Là, la couleur de l’ampli a son importance. Mais dans la guitare acoustique, pour les guitaristes, le but n’est pas là.

Ça fait des années que tout le monde se casse la tête pour reproduire le son naturel de la guitare. Je crois que le but d’un bon ampli acoustique c’est justement d’avoir cette transparence.

Tu as opté pour le modèle AER compact XL. Pourquoi celui-là ? Est-ce que ce n’est pas une puissance un peu limitée pour certaines scènes ?

J.S. : Non non, pas du tout. On regardera si tu veux la fiche technique mais en fait je pense qu’il a 200 watts de puissance. En fait, je me surprends moi-même souvent au soundcheck. Je dois faire attention à la puissance que je mets parce qu’il est vraiment très puissant. Honnêtement, il a vraiment du coffre comme on dit. Il n’est pas si compact que ça. Parce qu’AER fait des versions compactes qui sont nettement plus petites.

AER Compact XL (image AER)

AER Compact XL (image AER)

Il y a des caractéristiques spécifiques à cet ampli qui ont joué un rôle clé dans ta décision ? Tu as testé plusieurs modèles ?

J.S. : Pour moi la référence clé si tu veux c’était de ne pas avoir un ampli où le focus est mis sur le registre aigu. Beaucoup d’amplis acoustiques malheureusement le font, mais c’est normal. Peut-être que les gens qui jouent en groupe cherchent plutôt cette sonorité plus aiguë. Moi, je voulais un ampli qui me donne tous les registres dans leur grande richesse que ce soit les basses, le médium ou l’aigu. Et avec cet ampli, il y a tout. Le registre grave est vraiment fort profond avec de beaux médiums chaleureux et les aigus pas trop forts. Donc pour moi, c’était vraiment la version idéale.

Je suis allé chez AER pour me décider sur quel ampli j’allais jouer. Andreas Falke qui est la personne qui s’occupe des relations avec les artistes m’a dit : « Je te conseille d’essayer celui-là en premier par rapport à ce dont on a discuté ». Et effectivement quand j’ai essayé les autres, je savais directement, en un accord, que le Compact XL allait être mon ampli par rapport aux autres qui sont des versions plus petites.

As-tu apporté des ajustements à d’autres réglages sur ta guitare ou à ta technique de jeu ?

J.S. : Rien du tout, même pas sur mon préampli. Ça rejoint ce qu’on disait avec le fait de rendre le son de la guitare de la manière la plus transparente possible.

Si tu pouvais changer une seule chose sur cet ampli ou définir un ampli selon tes propres spécifications quels seraient tes désirs en fait ?

J.S. : Je l’ai déjà fait, figure-toi. Parce qu’en fait le premier ampli que j’ai eu, c’était l’ampli qui m’a servi de test. Je l’ai pris pour voir si je pouvais faire tout ce dont j’avais besoin avec cet ampli-là. J’avais remarqué quelque chose qui m’ennuyait un peu. C’est-à-dire que quand je joue en concert, ma ligne de guitare est généralement reprise par une sono plus importante. Mon ampli me sert alors de retour. J’avais remarqué que la réverb de l’ampli ne passe pas dans la ligne XLR de l’ampli. Or c’est cette sortie que j’utilise comme DI box. Ça m’ennuie un peu parce que du coup je devais utiliser la sortie Jack pour retrouver la réverb. Et donc je devais utiliser une DI box supplémentaire. Je m’étais dit au début que c’est juste une question d’habitude. Mais c’était moins pratique pour moi.

En plus la réverb de l’Ampli est très belle. Elle a beaucoup de profondeur et je trouvais dommage de de devoir m’en passer si j’utilisais la ligne XLR.

J’ai donc demandé un 2e ampli avec une customisation de la ligne XLR et maintenant la réverb est mise sur la ligne XLR de mon ampli.

AER Compact XL (image AER)

AER Compact XL (image AER)

Et c’est le seul ajustement que j’ai demandé. J’ai demandé chez AER, si c’était possible ? Et ils m’ont dit que c’est sans souci parce que tout est fait à l’usine et ça ne leur posait aucun problème, techniquement.

C’est peut-être une illustration de pourquoi il est intéressant pour une firme d’avoir des artistes professionnels qui travaillent avec leur matériel. Ils peuvent donner ce type de feedback et d’ajustements, pour des modèles futurs peut-être.

■ DvL – Merci à Jacques Stotzem de m’avoir accordé cet entretien pour le site guitar.vanlochem.be
    Entretien enregistré le 26.08.23