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Les coups, les griffes et l’usure, c’est la vie

Une belle guitare qui fut aimée et jouée avec passion et intensité finira tôt ou tard par montrer quelques traces de cet amour sous forme de coups ou de griffes. Mais si elles sont de bois, nous ne le sommes pas. Certains guitaristes aiment les guitares marquées par le temps, d’autres se font des cheveux blancs pour le moindre coup ou la plus petite griffe. Certains fabricants vont même jusqu’à proposer des guitares neuves “reliqued” qui copient l’usure de modèles légendaires. J’avoue que je ne suis pas convaincu par le procédé qui manque un peu d’âme .

Coups, griffes et usure, c'est la vie !

Coups, griffes et usure, c’est la vie !

L’usure ce n’est pas de la casse

Évidemment, l’usure ce n’est pas la casse : fissures sur l’éclisse, bris de manche ou de mécanique sont des événements traumatisant qui affectent l’intégrité de l’instrument et qui nécessitent des réparations pour garantir sa survie. J’ai vu de véritables miracles comme la guitare Beneteau de Don Ross fortement endommagée lors d’un trajet en avion et réparée.

Source. : Don Ross sur Facebook

J’ai vu également une Taylor faire un vol plané hors d’un Gigbag mal fermé porté en sac à dos, s’écraser violemment sur le bas de la caisse et se retrouver avec deux éclisses détruites. Là aussi la réparation semblait tenir du miracle. Mais l’instrument a survécu. Et c’est sans compter les innombrables décapitations de Gibsons.

Dans des cas aussi extrêmes, la question est de faire la part des choses entre la valeur monétaire, affective, historique et musicale de l’instrument … et le coût de la réparation. N’hésitez pas à consulter mon guide des 10 bons  moyens pour casser sa guitare pour éviter ça ou à utiliser une des positions listées ici si c’est vraiment ce que vous souhaitez. 

Le premier coup c’est le plus dur à digérer !

Mais pour ce qui est des griffes et des petit coups, comme pour une voiture, la plus dure c’est la première fois. On a beau prendre les devants, remettre sa guitare dans le coffre, faire attention aux boutons et ceintures, tôt ou tard, ça arrivera. Quand la première cicatrice de la vie marque l’instrument quasi neuf. Quand la marque ne s’efface plus d’un coup de chiffon, c’est que la guitare a commencé à vivre. Je finis par ne pas aimer avoir une guitare neuve toute lisse et brillante, par peur de la première griffe.

On peut souhaiter que ça arrive lors d’un bon concert ou d’une chouette session. C’est classe de se dire : c’est arrivé au studio quand je me suis relevé après la dernière prise de <…>. Ce sera d’autant plus facile d’y repenser. Le mieux c’est de faire les coups soi-même, c’est plus facile à digérer. J’avoue qu’il en est de ma guitare comme de mes brosses à dents, je ne les prête pas. Mais quand cela arrive, il y a ce petit deuil à faire : le choc, la colère, la négociation, la dépression et puis l’acceptation. On relativise: c’est un outil, ce n’est que du bois. Pour certains, la réparation suit l’étape de négociation.

Laisser exploser la passion et y laisser du bois !

Le mieux qu’on puisse faire c’est de le prendre avec philosophe. Le pire serait de se retenir de jouer par peur d’abîmer l’instrument. J’ai connu des parents d’élèves qui craignaient tellement pour l’instrument que leur enfant pouvait à peine en jouer du bout des doigts. Mais pour le reste, il faut se rendre à l’évidence, ça fait partie de l’existence même d’une guitare.

D’un point de vue mécanique, les guitares acoustiques sont un assemblage dynamique paradoxal. Le compromis entre la tension, l’élasticité et la rigidité les condamnent à mort dés la naissance. Pratiquement condamnées à donner le meilleur d’elle-même avant de perdre leur voix et de s’éteindre. Les collectionneurs me contrediront, mais je parle musique, pas argent. Pour prolonger leur carrière au delà de la décoration, souvent elles devront subir un démontage et un réajustement pour reprendre vie. Et ces restaurations leur feront perdre leur valeur historique. 

Alors autant les faire sonner et en jouer avec intensité. Pendant que nos cœurs battent, nos fronts suent, nos doigts saignent, notre cœur pleure … et nos guitares s’usent. Mais il n’y a rien de plus beau que de vieillir ensemble avec passion.

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