Guitare sèche, ça ne veut rien dire !

Si vous voulez m’agacer, dites « guitare sèche ». Cette dénomination ne veut strictement rien dire. Certains pensent que la dénomination viendrait du son « plus sec » de l’instrument. Vraiment ? Pour d’autres, ce serait le fait d’utiliser le signal sans effets, « dry » en anglais, qui aurait donné naissance à l’expression. Peu importe, puisqu’au final ce terme ne permet même pas de distinguer entre eux les différents types de guitare. Au mieux, une guitare sèche est une guitare souffrant du climat et nécessitant un humidificateur.

Une "guitare sèche", sérieusement ?

Une « guitare sèche », sérieusement ?

Pour faire court, ce sont des guitares acoustiques (éventuellement électro-acoustiques), par opposition aux guitares électriques. Il en existe plusieurs sortes avec des formes variées et avec des dénominations précises. Evidemment, l’inventivité des luthiers est infinie et on trouve des modèles plus rares qui naviguent en eaux troubles entre les cases du classement. On va prendre quelques raccourcis, les puristes me le pardonneront. Mais il n’existe rien qui soit une « guitare sèche ».

LA GUITARE CLASSIQUE, n’est pas une guitare sèche
la section lutherie de l'IFAPME

Une guitare classique, à la section lutherie de l’IFAPME

Une guitare dotée de cordes en nylon ou en matériau synthétiques, les trois cordes basses sont entourées d’un fin filage en métal. La construction de la guitare est généralement plus légère, ce qui rend l’usage de cordes métal à fort tirant déconseillé. Le risque de bomber la table, de tordre le manche ou d’arracher le chevalet est assez important. La tête est souvent ajourée, et la guitare est habituellement dépourvue d’un pickguard, à l’exception des guitares flamenco qui en sont une variante qui se joue « muy macho » ce qui justifie de protéger le bois.

LA GUITARE FOLK, n’est pas une guitare sèche

Martin OM21 custom

La guitare traditionnelle du folk américain, d’où le nom. Elle arbore fièrement six ou douze cordes en métal. Avec une construction plus solide et un son plus puissant. On trouve souvent un cordier à chevilles, un pickguard et le manche est renforcé par une barre de tension, le truss-rod qui permet à la guitare de résister à la tension élevée des cordes. Elle peut être électro-acoustique (comme la mienne) et présenter un pan coupé (comme la mienne) ou pas.

LA GUITARE MANOUCHE, n’est pas une guitare sèche

Plus imposante que la guitare Folk, la guitare manouche possède des cordes à fort tirant, souvent fixées via un cordier métallique flottant. Le plus souvent, la rosace est ovale. On distingue les modèles « petite bouche » des « grande bouche ». Illustration :

 

LA GUITARE À RÉSONATEUR, n’est pas une guitare sèche

Gretsch-Alligator

Initialement pensé pour amplifier le son de l’instrument, le son particulier du résonateur est devenu la signature de certains courants du blues et de la country. Elle peut être partiellement ou entièrement en métal.

LA GUITARE HAWAÏENNE, n’est pas une guitare sèche

Signe distinctif, elle se joue posée à plat sur les genoux.

LA GUITARE ÉLECTRO-ACOUSTIQUE, n’est pas une guitare sèche

Les guitares électro-acoustiques sont souvent des guitares de l’une des catégories ci-dessus auxquelles on ajoute un micro interne. Si j’en fais une catégorie à part c’est que d’autres modèles sont spécifiquement destinés à la scène et ont subi des transformations importantes dans ce but. Elles peuvent se jouer non amplifiées ce qui empêche de les ranger dans la catégorie des guitares électriques. Table plus fine, rosace fermée ou déportée, manche plus proche d’une électrique et électronique embarquée. Les modèles de divers fabricants peuplent la zone de transition trouble entre acoustique et électrique. On ne présente plus les guitares Ovation pour prendre un exemple.

LA GUITARE JAZZ ou ARCHTOP, n’est pas une guitare sèche non plus

La guitare jazz ou archtop possède comme caractéristique d’avoir une table de résonance bombée, parfois décorées avec des ouïes comme un violon. Le cordier et le pickguard sont suspendus au-dessus de la table de résonance. Elle possède souvent des micros magnétiques et se joue la plupart du temps amplifiée ce qui la situe sur la limite entre deux mondes.

Pour résumer et illustrer: de gauche à droite : une guitare hawaienne, une guitare électrique hollow-body, une archtop, une guitare électrique, une guitare folk, une électrique encore et une guitare classique pour finir. 

Un aperçu de divers types de guitare (IFAPME de Limal, section lutherie)

X-Touch One de Behringer, du bout des doigts

Quelques jours sans eau courante, quelques coupures de courant et 15 jours sans Internet. Les dégâts dus aux inondations sont restés anecdotiques en ce qui me concerne. Alors même que je vis sur les hauteurs d’une région qui a été entièrement sinistrée, au-delà de l’imaginable. J’ai un peu hésité à publier un nouvel article, sur l’arrivée de mon nouveau contrôleur X-Touch One de chez Behringer, par respect pour les personnes qui ont tout perdu. Je suis de tout coeur avec eux. Mais d’autre part mon petit moral a besoin de produire du contenu pour retrouver une sorte de normalité dans cette période un peu morose.

Peu de temps avant ces évènements, j’ai travaillé sur pas mal de nouvelles vidéos. Outre les vidéos réalisées pour Jacques Stotzem pour la sortie de l’album Handmade, j’ai bossé sur des vidéos plus corporate avec sous-titrage. Avoir un affichage du timing image par image, dans le projet et un Jog Wheel avec un contrôle plus fin du transport s’est avéré rapidement si pas indispensable, du moins nettement plus confortable. 

Presonus Faderport, clap de fin

Depuis quelques années déjà, j’utilise le Faderport de chez Presonus. Il me sert essentiellement pour les fonctions de transport pour naviguer dans mes projets. Un bon petit outil compact, rustique et solide. Mais avec les mises à jour successives de Windows, certaines fonctions marchaient mal ou plus du tout (par exemple le « Pan » qui n’a jamais vraiment fonctionné dans ProTools chez moi).

Presonus FaderPort (image Presonus)

J’ai hésité à remplacer mon Fadeport par la nouvelle version de chez Presonus, le Faderport V2. Mais comme expliqué plus haut, j’avais besoin de fonctions supplémentaires pour la vidéo. Et j’ai des souvenirs mitigés des mises à jour de drivers et de firmware avec cet appareil. L’une des mises à jour ne fonctionnait qu’avec une version anglophone de Windows à moins de remplacer manuellement une .dll à cause des accents dans « p*é*rip*é*rique USB audio ». Agaçant.

Une brève étude de marché sur la compatibilité avec les logiciels que j’utilise (principalement ProTools et Vegas Pro) m’a amené à me pencher sur le X-Touch One de Behringer

Behringer X-Touch One 

"Behringer

Dans les fonctions qui me facilitent clairement la vie lors du montage je citerais : 

  • un écran très lisible pour mon timecode
  • un grand Jog Wheel
  • une meilleure compatibilité HUI et Mackie Control
  • un zoom dans les pistes du projet

Evidemment, la place occupée sur le bureau est un peu plus importante que pour le Faderport. Il existe des modèles avec 8 faders motorisés, et une version compacte avec 8 faders sans écran, et des modules d’extensions pour 8 tranches supplémentaires, mais je n’avais ni la place, ni le besoin.

Behringer X-Touch One

Behringer X-Touch One

Le X-Touch One est fourni avec des petits cadres autocollants pré-imprimés à coller en fonction du logiciel utilisé, mais comme j’utilise deux logiciels, je me contente de les poser sur les boutons. Je m’en passe même, les fonctions principales étant assez intuitives à retenir.

"Behringer

Mon avis après quelques jours

Je suis ravi de l’affichage du temps qui me facilite grandement le travail pour caler les sous-titres. Je me demande comment j’ai pu vivre sans. Certaines fonctions, comme la sélection de pistes audio dans mon logiciel de montage vidéo ne fonctionnent pas. Mais je peux m’en passer, le travail audio étant traité à part du montage. Au pire, ma souris n’est pas loin. Je pourrais également passer un peu de temps à redéfinir l’assignation des touches via l’éditeur fourni.

La surface du Behringer X-Touch One plus grande est un plus, tout tombe sous les doigts. Je trouve la roulette un peu dure par moments, mais au moins on ne risque pas de la déplacer par accident. Le zoom/dé-zoom est également très utile pour naviguer dans les projets.

Ca vaut bien un 9/10 sur l’échelle de piments.

Note : je l’ai acheté et ne suis pas sponsorisé par Behringer pour en parler.

C.F. Martin & Co., un nouveau CEO

Le 14 juin, la société C.F. Martin & Co. a annoncé dans un communiqué qu’elle avait nommé un nouveau PDG. Dorénavant Christian Frederick Martin IV devient président exécutif, tandis que Thomas Ripsam endosse le rôle de PDG.

la 6 cordes ...

Martin, l’essence de la guitare Folk … 

En confiant les rênes de l’entreprise à Thomas Ripsam, nettement issu du monde de la finance, il y a sans doute une volonté d’améliorer l’aspect commercial de l’antique société. Mais le lien avec la famille n’est par rompu. La famille Martin reste propriétaire de l’entreprise, comme c’est le cas depuis sa fondation par Christian Martin après son immigration à New York en 1833. 

Thomas Ripsam apporte un impressionnant pedigree commercial à Nazareth. Il a une longue carrière dans la finance en tant que stratège de la croissance des entreprises.  Il a été associé chez PricewaterhouseCoopers, et détient un MBA en stratégie et finance de la Columbia Business School. Thomas Ripsam est également titulaire d’une licence en administration et gestion des affaires de l’université de Reutlingen en Allemagne et de l’université Middlesex à Londres.

Good cop or bad cop ?

« Heureusement », Thomas Ripsam est également un guitariste passionné et un collectionneur de guitares. Il  a pris un congé sabbatique en 2019 pour apprendre la fabrication de guitares dans un style Martin traditionnel.

Qu’il soit guitariste et luthier me rassure quelque peu. Mais je n’ai pas toujours une grande estime des collectionneurs qui oublient parfois que la guitare est un outil avant d’être un placement ou un bel objet. « C’est mon marteau » disais-je en plaisantant aux élèves luthiers de l’IFAPME.

J’aimais assez l’idée d’une entreprise familiale, ancrée dans la tradition, en recherche d’innovation en termes de fiabilité et de qualité sonore.

En tant que fanboy, j’espère que pour la firme Martin ce ne sera pas un tournant qui lui fera perdre son âme bicentenaire. J’espère que la firme restera engagée envers les artistes et la musique dans le cadre d’une certaine tradition et continuera à promouvoir une gestion durable des ressources. Ma crainte serait évidemment de voir Martin reproduire les errements commerciaux d’une firme légendaire comme Gibson, sacrifiant réputation, qualité et tradition sur l’autel de la rentabilité.

Je crains également que cela ne dégrade les relations commerciales avec l’Europe. Actuellement, pour une raison que j’ignore, mais que j’espère temporaire, on ne peut plus commander du merchandising sur leur site.

A suivre.

De rouille et d’eau… et d’abattoir (compte-rendu)

Il s’est passé exactement 467 jours soit 1 an, 3 mois et 12 jours depuis ma dernière présence sur scène devant un public. Si on compte que c’était une masterclass « Fingerpicking » et pas un concert à proprement parler, on pourrait encore ajouter deux mois. Du coup ce concert à l’ancien abattoir d’Eupen est un évènement précieux. Il y a une chose dont je n’ai jamais douté : malgré le drame économique que cet arrêt forcé représente, il restera toujours des artistes qui auront besoin de dire des choses et du public pour les écouter. Et des organisateurs qui se démèneront pour qu’ils se rencontrent. C’est une force qui va au-delà de la loi de l’offre et de la demande. Parce que l’homme a tapé sur des bouts de bois et soufflé dans des os dans des cavernes, chanté dans les tranchées sous la mitraille et envoyé de la musique et des instruments de musique dans l’espace.

Enfin sur scène...

Enfin sur scène…

Jouant dans un ancien abattoir devenu centre culturel, plutôt que de paraphraser Audiard, j’aurais pu jouer sur les mots et user d’un titre dans l’air du temps comme « la culture à l’abattoir » mais cela aurait prétendu faire de moi ce que je ne suis pas, d’une part un représentant de la Culture avec un grand – je « C » tout – et d’autre part un grand révolté de la crise que nous traversons ce que je ne suis guère plus. Je ne suis pas le rocher dressé en travers de la route, j’essaie d’être l’eau qui va de l’avant. Et à la fin, c’est toujours l’eau patiente qui gagne.

D’eau…

Quand je ne répétais pas, je scrutais le ciel. Les mesures actuelles imposent des concerts en terrasse, tributaires de la météo. Heureusement, le centre culturel d’Eupen s’est bien préparé. La scène et le public sont abrités sous un sérieux chapiteau, avec une vraie scène. Pas le genre de chapiteau qu’il faut évacuer parce que des trombes d’eau ont déformé les bâches ou qui s’envolera au moindre coup de vent. Et il pleuvra beaucoup pendant la soirée, sans refroidir l’enthousiasme du public.

Que d'eau, que d'eau !

Que d’eau, que d’eau !

Le froid ne sera pas un trop gros souci. Par contre, le taux d’humidité de l’air frôlant les 80% à vue de nez, le manche de la guitare deviendra de plus en plus collant au fil de l’eau… de la soirée. De quoi déraper un peu dans les déplacements rapides sur le manche et les bends. Je m’étais préparé à tout, sauf à ça. Même en essuyant le manche, la vapeur se redépose aussitôt, incroyable.

Préparé pour lutter contre le froid ...

Préparé pour lutter contre le froid …

De rouille… 

Évidemment une aussi longue période sans concerts laisse des traces. Finalement pas tellement sur la technique qui ne nécessite que de répéter, mais c’est le mental qui est en difficulté. Sur scène, il existe cet équilibre mental très particulier que certains appellent « la zone » ou « la pleine conscience ». C’est un fragile état de conscience entre concentration et lâcher prise qui permet de n’être que dans l’instant présent. Dans cet état, j’oublie mon corps et je me sens perméable à la musique qui ne fait que me traverser. Par malchance, cet état disparaît dés qu’on y pense, comme le silence disparaît quand on en parle.

Depuis 14 mois, je n’ai plus ressenti cet état. Ni en répétant, ni pendant les live Facebook.

Le fait de ne pas pouvoir se camper dans cet état ouvre la porte à toutes sortes de pensées parasites. La mémoire des accords, des structures des morceaux s’en trouve chamboulée. Par contre chanter en jouant du ukulélé m’occupe autant le corps que l’esprit et permet d’être un peu mieux centré.

Efface-book ?

Ces dernières années, Facebook s’est imposé comme canal publicitaire privilégié pour les concerts, mais la politique d’ôter toute visibilité aux évènements sans publicité payante, même sur une page dédiée à un artiste devient vraiment problématique. Si l’algorithme détecte une annonce d’évènement ou un lien avec un espace culturel comme l’ancien abattoir d’Eupen, la visibilité naturelle en est divisée par 3 ou 4. Et pour des petits évènements et des artistes de niche, la pub payante n’est pas rentable.

Ce modèle là est mourant. Peut-être qu’ils pourraient jouer un rôle dans la relance de la culture en ouvrant un peu les projecteurs de la visibilité au moins aux petites structures ? Mais le géant verra-t-il les fourmis à ses pieds ? Fourmis dont il digère le contenu sans grande contrepartie.

« En route vers l’abattoir »

Le concert a lieu au Kulturzentrum Alter Schlachthof d’Eupen, un ancien abattoir, dont le joli bâtiment mériterait sans doute une visite. L’accueil est excellent, comme souvent du côté germanophone du pays : une vraie scène, une vraie sono avec technicien, un vrai soundcheck… et d’excellents petits pains garnis. Pour moi qui ai grandi de ce côté du pays, le « Brötchen » est une vraie madeleine de Proust. Inégalable. Boulangers du reste du pays, prenez-en de la graine.

Avec une sono sur place, je voyage léger pour une fois. Je scrute (encore) le ciel en roulant sur l’autoroute. Une nuée sombre plane sur l’horizon. Pendant le soundcheck, c’est un véritable déluge qui s’abat sur Eupen et l’ancien abattoir. Nous aurons même droit à quelques grêlons.  La terrasse reste vide. Il est 18 heures et le concert débute à 19 heures. Mais le public sera au rendez-vous, et à l’heure.

Have a beer !

Finalement une trentaine de personnes assisteront au concert. Quelques têtes connues (« Tach’ Sylvia ! Jeht ett ? »), la famille et pas mal de nouveaux visages. Le son est sympa, le premier set se passe bien. Je débute comme toujours par « Have a beer ». Quel symbole de pouvoir inviter les gens à prendre une bière en terrasse en écoutant de la musique. La guitare ronronne. Le public écoute les balades dans un beau silence qui laisse une belle place à la musique. Je présente les morceaux en allemand, ça aussi c’est un peu rouillé.

Sur la scène de l'ancien abattoir...

Sur la scène de l’ancien abattoir…

Les passages chantés au ukulélé sont très bien accueillis, « Always look on the bright side of life » est évidemment de circonstances. Je ne peux m’empêcher de remarquer qu’une jeune femme dans le public chante le traditionnel « Wayfaring stranger » avec moi. Je ne l’entends pas, mais je lis sur son rouge à lèvres. En cas d’hésitation sur les paroles, voilà du secours. 

Sur la scène de l'ancien abattoir...

Sur la scène de l’ancien abattoir…

Le set se termine par Caravansérail. Le break est l’occasion d’aller un peu parler de musique avec le public qui a l’air de passer un bon moment. Divertir et amuser, quelle noble occupation.

J’enchaîne avec le second set sans trop tarder, le centre culturel doit respecter la fermeture à 22h. Les applaudissements sont nourris. Après Lovely Roady dédicacé à ma roadie de coeur, je termine par un rappel, ce sera One Day – the reckoning song d’Asaf Avidan. J’ai passé une bonne soirée, et vous ?

Une bonne bière et puis démontage. Je me rends compte que j’ai perdu toutes mes bonnes habitudes en oubliant de remercier au micro la technique, et même le centre culturel pour l’accueil. Shame on me!

Merci, merci !

Un de fait, vivement le prochain.