La musique, cet insaisissable envahisseur de vie !
Comment une pratique musicale sérieuse ‘non professionnelle’ s’intègre t’elle à la vie … ?
Il suffit de regarder un pied de micro pour se rendre compte que l’équilibre commence à partir du trépied.
Selon les théories des socio-psychologues, dans un monde idéal, les trois pôles Boulot – Famille (au sens large) – Développement personnel (au sens large) doivent pouvoir s’équilibrer.
Si on mise tout sur un seul pôle, par ex. le travail (cas le plus fréquent), ou la famille pour certain(e)s, plus rarement le développement personnel, ce pôle sera puissant et très valorisant, très consommateur en énergie, mais extrêmement intolérant aux changements. Exemple: annoncer à son boss qu’on fera moins d’heures supplémentaires – faire un burnout – perdre son travail – subir un deuil – annoncer qu’on va prendre du temps pour soi, au détriment de la famille – renoncer à son développement personnel pour fonder une famille ou parce qu’on à trouvé du travail – voir les enfants quitter la maison, sans avoir de projet pour soi … ou de travail. Et en cas d’effondrement ou de creux de vague, il ne reste aucun appui.
Avec deux appuis, la situation peut sembler plus confortable, mais le système subira d’importantes oscillations dans le temps qui pourront agir sur le moral (on ‘néglige’ une de ses valeurs), et en cas d’effondrement, l’effet sur le pôle restant sera très fort et il pourra être affecté de manière irréversible également. Exemple: Perdre son travail et perdre sa famille dans l’orage (ou vice-versa). Ou devoir partir à la recherche du soi négligé, après un revers professionnel ou familial.
Dans une semaine « normale » de 168 heures, 90 heures sont consacrées à l’entretien de soi: dormir, se laver, faire le ménage, etc.
Il reste 78 heures pour d’autres choses (estimations grossières):
- Le travail: 40 heures environ
- La famille et les amis: 25 heures
- Développement personnel (physique et mental): 12 heures
- Le temps libre: 10-15 heures
La question qui m’obsède: la musique est elle du temps libre, un travail, une source d’interactions sociales ou un pôle de développement personnel ?
Pour moi la musique est un peu tout ça à la fois … ce qui rend son importance dans ma vie difficile à réguler car elle est valorisante sur tous ces plans à la fois, à l’exception du rapport au travail dans le sens financier du terme, et du rapport à la famille au sens strict.
Compte-rendu de la soirée Contes & Guitare

David van Lochem à la Toccata
Ce qui est super en Belgique c’est qu’on peut toujours compter sur les trains de la SNCB pour être en retard le jour où on a des trucs à faire. C’est donc avec une bonne demi heure de retard et une grosse journée de formation dans les pattes que j’ai rejoint Liège en début de soirée. J’ai profité du trajet pour essayer de dormir un peu et trouver mon second souffle … pas toujours facile de transformer la fatigue d’une journée de boulot en énergie créative.
Heureusement que j’avais changé mes cordes et préparé mon matériel la veille. Finalement, nous serons même à l’heure. Le montage se passe sans histoire, avoir ma Lovely roadie avec me facilite beaucoup la tache. Nous dressons un petit « autel votif » avec les cartes promo.
Le concept: proposer une carte de contes et de morceaux de guitare où le public pourra puiser en fonction de ce que lui inspire le titre. Du coup, on a fait des invitations et des véritables menus avec une thématique « bistro », je porte une chemise blanche et un tablier noir, tout comme le compteur qui circule entre les tables avec son bloc-notes pour prendre les commandes.

Pour débuter la soirée je joue quelques morceaux en guise de mise en bouche … le public arrive et l’étage de la Toccata se remplit rapidement. Le public semble intéressé et amusé par la formule. Je suis surpris de voir autant de monde, malgré la neige et le froid mordant.
Les premières commandes arrivent rapidement. C’est très agréable de partir un peu à l’aventure sans set-list préétablie. Cette mise en place me permet également de travailler sur mes petites faiblesses en matière de communication avec le public et d’engagement dans les premiers morceaux. A côté de mon ampli, j’ai une carafe d’eau dont j’use et j’abuse pour combattre la fatigue qui me colle aux basques comme un boulet. Mais le plaisir est là, malgré tout, l’écoute est excellente et je prends plaisir à investir les morceaux comme Caravansérail et Entre chien et loup de contrastes plus intenses entre les forte et les pianissimo, chose qui n’est possible que quand on ne lutte pas contre le bruit de fond.
Les températures extrêmes des derniers jours (-17°C mesuré), et la sécheresse n’aident pas la guitare à rester juste, changeant parfois au milieu d’un morceau, mais c’est la vie des instruments, on n’y peut rien.
Nous alternons musique sucrée, contes salés et vice versa. Les présentations complices, l’alternance de musique et de contes donnent un spectacle vivant et aéré … nous nous amusons beaucoup, et le public semble séduit. Quand la commande se fait attendre, nous optons pour la surprise du chef, au gré de nos humeurs … parfois une association entre un conte et un morceau de musique s’impose d’elle même. Avoir un concept c’est sympa, mais il ne faut pas se braquer sur la forme non plus. trop de concept tue le concept.

Rumelin (Christophe Dadseux)
Rumelin se glisse entre les tables, au plus près pour vendre ses mots. Les yeux brillent, les visages ont la banane … vendeur de sourires, ça me va.

Quand Rumelin conte ... le monde tend l'oreille ...
Je profite des contes pour m’accorder, boire de l’eau et me reposer un peu … avec le froid, les petits « cafés et chocolat », des pièces courtes chantées avec mon ukulélé, ne se passent pas aussi bien que j’aurais aimé, le café est un peu serré et ma gorge aussi … je dois encore bosser le chant au micro pour la prochaine fois, ou vu la jauge de la salle, chanter sans micro.
En fin de soirée, le public ose demander les contes « très salés », les polissons et les coquins, qui mettent le rose aux joue, en partie grâce au rire qui ponctue les rebondissements et les chutes de ces récits.
Le service se termine, le personnel de salle salue … nous avons dépassé largement l’horaire prévu, sans ressentir de longueur, ce qui est plutôt bon signe.
Je démonte rapidement, en essayent de tout ranger correctement, histoire de ne pas devoir ranger deux fois. Ensuite, une bonne b’j’ière, une assiettée de pâtes carbonara pour retaper l’homme. Comme toujours, vient ce petit baby blues d’après concert, ce « post-coïtum anima tristis », après la joie intense de l’instant, l’âme est à la fois exaltée et triste.
Rentrer, libérer la babysitter des enfants … et méditer sur les améliorations de cette belle alchimie pour la prochaine date.
Et après avoir rêvé de mon lit … ne pas arriver à dormir 🙂
