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Le Larsen, l’ennemi de la guitare acoustique

Tout le monde n’est pas le bienvenu aux fêtes de la musique. Plus d’une fois le larsen s’est invité sur les diverses scènes. Ce n’est pas toujours facile de passer des volumes sonores de la chambre ou du petit local de répet au volume de la scène. Surtout quand on a droit au Soundcheck “minute-soupe”, voire pas de soundcheck du tout. 

Ces artistes qui vous cassent les oreilles ...

Ces artistes qui vous cassent les oreilles …

J’aurais dû faire un billet sur ce problème depuis longtemps, mais ça m’arrive tellement rarement que je n’y pense plus. Il a fallu un message sur le groupe  Facebook Guitare Acoustique Cockpit pour m’y faire penser. C’est un groupe fermé, mais demandez à les rejoindre. Allez, c’est parti pour un petit tour de la question.

Le larsen c’est quoi ?

Soren Larsen

Soren Larsen (image : Wikipedia)

Comme son nom l’indique, l’effet Larsen a été découvert et décrit par Søren Larsen. Ce dialogue est resté célèbre : “Søren, ne vois-tu rien venir ? Oh, je vois que si on ne fait pas quelque chose, le signal va s’amplifier en boucle jusqu’aux limites du matériel”. Pardon, je m’égare.

Le Larsen se désigne en anglais par feedback signifiant « rétroaction, réaction, action en retour, bouclage ». On n’est pas fâché avec l’anglais, mais on va l’appeler Larsen (on peut lui mettre une majuscule puisqu’à la base c’est le nom d’un gars).

Le Larsen est un phénomène physique de rétroaction acoustique involontaire observé dès les débuts de la téléphonie. Pour qu’un Larsen se produise, il faut deux éléments : un récepteur (un micro) et un émetteur amplifié (une enceinte ou un ampli). Il faut également une condition essentielle : le récepteur doit pouvoir capter le son amplifié. Le son émis par l’émetteur est capté par le récepteur qui le retransmet amplifié à l’émetteur. A chaque aller-retour, le signal est amplifié à nouveau. Cette boucle produit un signal qui augmente en intensité jusqu’à atteindre les limites du matériel utilisé. Simple, net et embêtant.

Pour combattre le larsen, on peut donc agir sur l’émetteur, sur le récepteur et sur la possibilité d’interrompre la boucle entre les deux.

Plus près de toi …

Même si le responsable du son (quand il y en a un) est très concerné par ce problème, en matière de sonorisation, j’ai tendance à toujours repartir de la source. Dans notre cas, c’est la guitare acoustique. La caisse d’une guitare acoustique est faite pour amplifier les vibrations qui lui sont transmises. Cette simple caractéristique en fait une proie idéale pour le Larsen. Les constructeurs ont essayé diverses solutions pour réduire la taille de la caisse : les guitares thinline comme les Godin Multiac, certaines Ovations thin-body, les Silent guitars de chez Yamaha, etc. Cela permet (entre autres) de maîtriser la résonnance spontanée de l’instrument.

Pour les avantages et les inconvénients des diverses solutions pour s’amplifier sur scène, je vous renvoie à un de mes anciens billets: s’amplifier sur scène.

Pas de place pour le hasard, pas de hasard pour la place 

en solo …

Une première mesure pour éviter le Larsen est de bien se placer sur scène. Tout comme on ne pointe pas un micro vers une enceinte, il faut éviter de tenir sa guitare parfaitement face à une enceinte. Si le son vient dans votre dos, essayez de vous placer pour avoir l’enceinte derrière votre épaule droite pour faire rempart avec votre corps (j’avoue être avantagé par ma masse corporelle, pour une fois, dans ce cas précis). Avec une petit sono sur pieds, placez les enceintes plus haut que vos épaules et pas juste derrière vous. Vous entendrez mieux.

Dans le cas d’un retour en bain de pied, placez-le avec un angle par rapport à la table de la guitare et demandez le minimum de retour nécessaire (ménagez vos oreilles). Si les retours envoient un mix complet, méfiez-vous de la proximité avec le retour du chanteur.

Vous pouvez également jouer avec un retour in-ear, mais gérez votre niveau depuis la scène et prévoyez un modèle avec limiteur pour sauver vos oreilles en cas de Larsen (Lara Fabian a fait les frais de cet accident en studio).

IEM : chemin du signal de l'ampli à mes oreilles

IEM : chemin du signal de l’ampli à mes oreilles

Pris dans le bouchon 

Bouchon de rosace anti-Larsen

Bouchon de rosace anti-Larsen (image Planet Waves)

Le son se transmet via l’air, mais également à travers les solides. C’est un cas plus rare, mais j’en ai fait les frais avec un subwoofer qui était posé sur la scène. Si possible pensez à vous isoler mécaniquement des surfaces qui transmettent les vibrations sonores.

Parmi les solutions mécaniques, le bouchon de rosace reste une solution intéressante et peu couteuse. Mesurez avant d’acheter ! Certains guitaristes remplissent leur guitare de mousse découpée pour amortir les vibrations. C’est comme le gilet jaune, c’est moche, mais ça sauve. Ils ont l’avantage supplémentaire d’empêcher les mediators de tomber dans la caisse quand vous jouez.

Personnellement, je ne suis pas un grand fan du son d’une guitare “bouchée” de la sorte. De plus ce ne sera pas toujours possible si vous optez pour un système d’amplification sophistiqué combinant un microphone interne dans la guitare avec un capteur piezo ou magnétique.

Les réglages à la guitare

Faites votre soundcheck au volume final. Ne touchez plus au volume après, JAMAIS. Et disciplinez les autres membres du groupe en ce sens. Ne poussez pas “tout dans le rouge”, laissez l’amplification en fin de chaîne faire le boulot. Si c’est un effet très recherché en électrique, pour une guitare acoustique, l’empilement de couches d’amplification au-delà de la recherche d’une légère coloration plus chaude, vous causera de gros soucis.

Evitez de provoquer de la distorsion le long de la chaine sonore, la distorsion favorise le Larsen (j’avoue ne pas savoir pourquoi).  De même pour les reverbs cathédralesques. Ne les utilisez que comme effet et d’une manière maitrisée. 

Soundcheck - Sans luthiers pas de guitares

Soundcheck – Sans luthiers pas de guitares

Si vous avez la chance d’avoir un préampli avec EQ et que vous ne savez pas comment le régler, relisez ce billet.

Si vous disposez d’un système d’amplification mixte avec un microphone intégré, le microphone sera plus sujet au Larsen que le capteur piezo ou magnétique. Pour stabiliser votre son, mettez le mix microphone/piezo dans un ratio 10/90 %. Le microphone vous donnera le petit plus de naturel sans accrocher trop vite. Une position 50/50 % ou même 40/60 % ne sera souvent pas tenable sur scène. Ce réglage doit parfois se faire à l’aide d’une petite vis, c’est le cas pour le Fishman Ellipse Blend, il faut donc anticiper.

Feedback killer, Notch et phase

Évidemment, si votre ampli possède un bouton Feedback suppressor, utilisez-le.  

Contrairement à un ampli pour guitare électrique (à éviter si possible), sur un préampli ou un ampli de guitare acoustique vous trouverez souvent un bouton d’inversion de phase et un bouton Notch.

Pour faire court, la phase permet d’inverser le signal sortant de la guitare par rapport à la vibration de la caisse. Du coup, les vibrations s’annulent mutuellement et réduisent le risque de Larsen. En cas de Larsen, poussez ce bouton et testez les deux positions pour trouver celle qui convient.

Notch et Phase

Notch et Phase

Le notch est un égaliseur avec un puits étroit et profond qui servira à couper une ou plusieurs fréquences précises. Le plus simple est de pousser la guitare à la faute en jouant les deux cordes les plus basses et en laissant sonner la guitare librement. ensuite en tournant le bouton Notch, vous entendrez l’EQ faire son trou dans la fréquence qui dérape.

Ensuite ajustez l’EQ des médiums. Si vous avez la chance d’avoir un EQ paramétrique pour les médiums, poussez les médiums pour trouver la fréquence qui accroche, puis baissez-la. Ne coupez pas tout, le but est de trouver un compromis pour garder un son acceptable sans Larsen. 

Les appareils spécialisés

Behringer Shark - tueur de Larsen ?

Behringer Shark – tueur de Larsen ?

Outre les fonctions intégrées à certains amplis et consoles de mixage, il existe des appareils indépendants pour lutter contre le Larsen.

Ils ont des noms évocateurs comme feedback killer, feeback buster, feeback destroyer, etc. Ils existent en rack ou en miniature comme le Behringer illustré ici. Leur fonction ne se limite pas toujours aux contre-mesures anti-Larsen. 

En gros, ils permettent de mettre un filtre notch sur plusieurs fréquences de manière automatique. Je n’en ai jamais utilisé, pour être honnête, je vais avoir du mal à vous en parler.

Conclusion

Voilà des idées pour mettre toutes les chances de votre côté pour éviter le Larsen.

Si malgré tous ces réglages vous êtes toujours en galère, c’est le boulot du technicien son de vous assister. Quand on dépasse une certaine taille de scène, nécessitant un volume sonore important, la présence de matériel de sonorisation professionnel, installé et configuré par des professionnels devient une nécessite incontournable.

(1 commentaire)

    • Michel Jankowski on 27 juin 2019 at 20 h 30 min
    • Répondre

    “la distorsion favorise le Larsen (j’avoue ne pas savoir pourquoi)” : je pense que c’est parce que la distorsion donne un son très riche en harmoniques, donc la probabilité d’avoir assez de puissance sur une fréquence qui accroche est plus grande.

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