Petite larmichette du matin avec la chanson Baker d’Aimee Carter. Cette chanson parle du talent qu’on ressent, enfant, quand, porté par tout son entourage, on croit le monde trop petit pour contenir tout ce qu’on voudrait réaliser. Et on ne doute pas un seul instant que tout est possible par la seule force de la volonté associée au don qu’on pense naturellement posséder.
Il était une fois, j’étais pâtissière
Et tout le monde était impressionné
Mais je n’avais pas besoin d’être approuvée, car je savais déjà que j’étais la meilleure
Tout ce que je faisais était un chef-d’œuvre
Tout avait un goût divin
Mais malheureusement, j’ai eu sept ans
Que dirais-je à mon jeune moi de 15 ans ?

Bon, je pense que là j’ai plutôt 17 ans, mais vous avez l’idée… bien porter la moustache, c’est aussi un don.
Tu as un don, prouve-le et travaille, p’tit con !
Oui, je ne serais pas tendre avec mon moi jeune, il le mérite. Je me suis beaucoup contenté de jouer « pas trop mal » les premières mesures de beaucoup de trucs. Ma vitesse et ma facilité à apprendre étaient ce qui me définissait. Je voulais impressionner. On me disait que j’étais « doué » et c’était largement assez.
Je me souviens de mon premier Everest, le morceau « Bermuda Triangle Exit » que je voulais absolument jouer en entier. Quand j’y suis parvenu, j’ai ressenti une fierté toute différente, parce que je ne l’avais pas fait pour impressionner, mais parce que je voulais jouer ce morceau.
Jacques a dit, Jacques n’a pas dit !
Écoute ton maître. Fais attention aux raccourcis. N’y va pas « au talent ».
- zapper une basse “parce que ça passe quand même”
- changer un doigté pour quelque chose de plus confortable
- bricoler une version “à peu près”
Sur le moment, ça marche. Tu joues plus vite, tu te sens progresser… mais c’est une illusion.
Parce qu’un jour, tu vas te retrouver bloqué. Là, tu vas devoir revenir en arrière, déconstruire ce que tu as appris, et réapprendre correctement. Ça, c’est mille fois plus frustrant que de prendre le bon chemin dès le départ.
Sers-toi des outils !
Tu crois que jouer de la guitare, c’est juste “toi et ton instrument”.
Mais en réalité, tu as plein d’alliés — et tu ne les utilises pas assez.
- métronome, toujours
- travaille en boucle les passages difficiles au lieu de rejouer le morceau entier
- utilise un accordeur (toujours… vraiment toujours)
Même les pros utilisent ces outils. Ce n’est pas de la triche, c’est du travail intelligent.
Alors, arrête de jouer “au feeling” tout le temps.
Un jour tu découvriras des outils super :
- te filmer pour voir ce que tu fais vraiment (spoiler : ce n’est jamais exactement ce que tu crois)
- ralentir les morceaux avec une app
Structure un peu ta pratique et tu vas progresser beaucoup plus vite que tu ne l’imagines.
T’as un don ? Vraiment ?
À 18 ans, tu vas te poser la question : « Est-ce que j’ai du talent ? Est-ce que je suis fait pour la musique ? »
Tu vas regarder d’autres guitaristes, et certains vont te sembler… naturels. Fluides. Comme si tout était facile pour eux. Et toi, à côté, tu galères.
Alors tu vas te dire : “eux ont un don… moi non.” Mais laisse-moi te dire un truc que tu ne comprends pas encore : le “don”, c’est souvent juste des heures que tu ne vois pas.
Ce que tu prends pour du talent, c’est :
- quelqu’un qui a répété lentement pendant des semaines
- quelqu’un qui a corrigé ses erreurs au lieu de les ignorer
C’est construit. Note après note. Jour après jour.
Et toi aussi, tu peux y arriver. Pas parce que tu es “doué”… mais parce que tu es prêt à faire le travail. Peut-être que je me donnerais la petite pichenette dans le dos qui m’a manqué pour vraiment y croire à cet âge là. Mais bon, ce n’était pas l’ambiance « mange la vache enragée et affronte le monde », c’était plutôt « voilà ton steak avec des frites et range ta chambre ».
Un jour, tu joueras devant des gens. Prépare-toi.

Concert à Limelette
Même si aujourd’hui, tu joues seul dans ta chambre, porte fermée, sans oser trop faire de bruit… ça ne restera pas comme ça. Un jour, quelqu’un va te dire : “Vas-y, joue un truc.” Puis un jour tu joueras en enchaînant les trucs. Et jouer devant quelqu’un, c’est une autre compétence. Et ça, tu dois t’y préparer.
Commence petit :
- joue devant un ami
- enregistre-toi comme si c’était une performance
- joue sans t’arrêter, même si tu fais une erreur
Parce que sur le moment, tu ne pourras pas recommencer. Tu devras continuer, garder le rythme, sauver le morceau.
Mais bonne nouvelle : ça s’apprend. Plus tu t’exposes, plus ça devient naturel. Et un jour, tu prendras même du plaisir à jouer devant d’autres.
Alors ne reste pas caché trop longtemps. Ton jeu et tes compositions méritent d’être entendus.
Ah oui, une dernière chose, avant que j’oublie, ne monte pas sur une scène ce soir-là dans un bar à Virton, sans savoir ce que tu vas jouer. Ça va te traumatiser un bon moment.
Mais je ne pense pas que je lui dirai que la guitare lui fera rencontrer sa future femme. J’ai peur que ça ne brise le naturel de la rencontre de nos deux âmes sœurs.
