C’est de la merde !

Manzini "Merde d'artiste" 1961

J’ai remis un exemplaire de ma démo à une charmante jeune femme, qui m’a dit (après écoute) qu’elle n’aimait pas du tout ce que je faisais. C’est parfaitement légitime et j’ai bizarrement beaucoup apprécié qu’elle me le dise. (elle m’a dit ça gentiment, contrairement à ce que le titre du billet peut laisser penser).

Je me sens libéré de l’obligation de plaire à tout le monde, parce que j’essaie de faire mon « truc » avec une grosse louche de bonne foi et un peu de culot. Que ça soit réussi ou non est une autre question.

Nous avons tendance à avoir la critique aisée –  le web et sa liberté de parole nous poussent au « bashing » (forme de dénigrement sévère un peu gratuit). Ex:  « C’est de la merde » ou « Il faudrait une loi pour empêcher Machin d’approcher d’un micro à moins de 2 mètres ».

Je reconnais que je ne suis pas le dernier dans ce sport,  bien que ma mère m’aie toujours appris à dire « Je n’aime pas » plutôt que « c’est de la merde » (mais le transfert des données n’était pas entièrement terminé au moment où j’ai coupé le cordon).

Quand on critique une œuvre artistique (quelle qu’elle soit), on peut s’interroger sur la pertinence ou l’honnêteté de la démarche de l’artiste, d’autant plus si on aime l’artiste et qu’on connaît son parcours.  On peut être déçu. On peut s’énerver d’un plagiat, ou d’une reprise pas très revendiquée ou méconnue par les fans. On peut regretter l’absence de qualité, des faiblesses rythmiques ou mélodiques, un manque de construction ou de cohérence.

On peut juger, pas condamner. De la merde, finalement c’est un peu court. Ok, c’est de la merde, mais quel genre de merde ? Pourquoi elle n’est pas à mon goût.

Après tout, si un artiste produit en toute bonne foi (ou pas) quelque chose qui trouve sa place dans le vaste monde de la musique, il n’a AUCUNE obligation de nous plaire en particulier.  Le monde serait d’un ennui profond si tout était conforme, consensuel, lisse, nivelé. D’autant que maintenant, nous avons les moyens de ne pas « subir » la merde.

Nous libérer du besoin de ne peupler le monde que de choses qui nous plaisent.  Nous libérer du besoin de n’aimer et tolérer l’existence que de ce qui rentre dans notre vision étroite du monde. Comme l’artiste gagne à renoncer à plaire à tout le monde …

Dorénavant, je vais tenter d’être prudent dans mes critiques …

J’ai mis le doigt dedans ? ou pas ?

(1 commentaire)

  1. Pas faux mais c’est « c’est de la merde », ça veut dire quelque chose en plus par rapport à « je n’aime pas » : pour de la musique ça veut dire qu’on considère que personne ne devrait l’écouter, que c’est un déchet inutilisable. Ca mérite une argumentation très solide, mais ça reste une formulation valable.

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