Concert en duo pour la réception de rentrée du SPF Santé publique.

IMG_2512Suite à notre prestation avec une collègue chanteuse lors d’un Marché de Noël, prestation impromptue mais appréciée et plébiscitée – (mais aussi parce que la personne qui s’en chargeait habituellement a décliné cette année) – nous avons été ré-embarqués dans l’aventure de jouer pour animer la réception du boulot.

Le plus gros souci, quand on sort du cadre des personnes organisant régulièrement des concerts, c’est qu’il faut parfois pallier aux manquements au niveau technique. Ma collègue fournit une table de mixage, je fournis une sono de 220 Watts. En principe, sur place nous attendent 4 moniteurs sur pieds de 110 Watts connectés entre eux sans fil. Je suis curieux, je n’ai jamais essayé un tel système.

Je quitte Liège aux petites heures pour ne pas m’enferrer dans les embouteillages. A part un petit ralentissement à Louvain, la circulation est fluide. Elle le serait encore plus si les gens étaient plus souples dans leur gestion des changements de bande et des insertions, et si certaines évitaient de slalomer à 150 km/h entre les files, pour gagner 4 places dans la file. Me voilà au bureau, à 7h du matin … pour une fois je vois arriver les collègues et je peux leur souhaiter la bonne année. Quelques viennoiseries attendent les plus matinaux des collègues venus dés l’aube pour cette journée placée sous le signe des bons vœux et des discours.

Vers 9 heures, « ma » chanteuse arrive. Du côté de la salle où se déroule la réception, c’est encore le désert. Rien n’est prêt, alors que dans le briefing, tout devait être installé pour 10h30. Nous faisons une rapide reconnaissance des nouvelles pièces du répertoire dans un coin de la salle. Il faut dire que nous avons répété … par email, à coup de fichiers mp3, pour définir tonalités et arrangements des derniers ajouts au programme.

Les gars chargés du montage arrivent enfin … un podium est assemblé (il branle un peu et je le finis au gaffer pour ne pas qu’il se sauve quand on monte dessus). Les moniteurs sont bien sur place, mais il manque une pièce ou un connecteur et la liaison sans fil ne marche pas. Je suis déception. Le plan B pour l’amplification sera constitué de 4 enceintes habituellement utilisées pour les discours et posées à même le sol dans la salle. On fait le soundcheck, on envoie de la patate, mais je sens que ça va être léger quand la salle sera remplie d’une forêt de jambes à hauteur des diffuseurs. Quand on ne peut faire mieux, on fait de son mieux avec ce qu’on a.IMG_2496

Je fais un petit saut par le bureau pour assister à la fin du discours de mon propre patron, avant de retourner surveiller le matériel, parce que la salle se remplit. Je fais bien de venir jeter un œil … les gens utilisent la scène comme raccourci pour aller vers le bar, quelqu’un s’est pris les pieds dans mes câbles d’instruments qui sont emmêles, mon pied de micro est déplacé, et quelqu’un a éteint le courant en marchant sur l’interrupteur d’une triplette. Je colle un petit carré de gaffer sur le bouton à bascule pour éviter que cet accident se produise en plein concert, ou pire pendant les discours. A propos de micros, visiblement personne n’a pensé à charger les micros HF pendant les congés (ou alors ils sont perdus ou défectueux), alors je prête mon SM58 et je le passe via notre table.

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Les discours commencent. Que du beau monde : deux ministres, un secrétaire d’état, et le président du SPF. Les niveaux techniques des orateurs en ce qui concerne la tenue du micro varient grandement. Profitant d’un orateur tenant le micro un peu éloigné de sa bouche, quelqu’un monte le son des baffles devant la scène et nous serons au bord du Larsen pour tout le temps de parole, Je suis sur le qui-vive quand les orateurs s’échangent le micro, le penchant dangereusement vers la salle. Avec l’eq paramétrique de la table et le gain j’essaie de limiter les dégâts en temps réel, sans trop sacrifier de volume sonore. Mais la plupart s’en sortent très bien.

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Bravo, c’est comme ça qu’on tient un micro, Madame la ministre !

Il est enfin temps de faire un peu de musique … la première partie du concert est un peu noyée dans le brouhaha des conversations, mais on s’entend jouer, c’est déjà ça. Même si je suis parfaitement au courant des aléas de ce genre d’animations musicales, je suis toujours étonné de la quantité d’énergie requise pour « exister » musicalement dans un tel contexte. Il reste peu de place à la musicalité et à l’interprétation, et j’ai l’impression par moments de tailler un crayon à la hache, ce qui nécessite beaucoup de précision et de concentration pour proposer un résultat présentable.

Mais peu à peu, nous nous taillons notre espace dans la jungle sonore, et nos morceaux commencent à respirer … environ vers la fin de notre répertoire. J’en profite pour jouer quelques morceaux en solo. Il reste encore pas mal de temps devant nous, et nous décidons de recommencer depuis le début, cette fois avec la ferme intention de pouvoir développer un peu plus de musicalité dans l’espace conquis. Pour nous, tâcherons de la scène, le second tour est plus plaisant, nous pouvons développer bien mieux l’intention musicale, et nous jouons avec les structures pour bisser l’un ou l’autre refrain avec la complicité d’un public visiblement détendu et enjoué.

Nous avons droit à quelques rappels, sous forme de chansons à la carte.

Je pose « enfin » guitare et ukulélé, je prends un verre de vin et je file me chercher un sandwich dans la gare. C’est un comble, pendant toute la durée du spectacle, impossible de profiter des amuse-bouches du cocktail dînatoire qui passaient à notre portée, et il ne reste plus rien, tout est rangé.

Côté nourriture de l’ego, les commentaires sont élogieux, et les propositions pour jouer pour d’autres occasions affluent de toutes parts. Mais dans un coin de ma tête j’ai pris des notes, sur ce qui a marché et ce qui a moins bien fonctionné afin d’élargir et améliorer encore le répertoire de ce duo qui semble tant plaire au public.

Reste à démonter, puis à charger l’auto avant de retourner sur Liège … avec un second trajet sans histoires.

D’autres photos suivront …

Déjà le second concert de l’année … au suivant !

Et hop, le premier concert de 2015 est bouclé …

Concert, ou plutôt animation musicale du repas de nouvel an d’une toute nouvelle et charmante petite école située non loin du cadran à Liège. Le briefing de la soirée est clair, quelques morceaux après les discours, quelques morceaux pendant le repas. C’est le même organisateur que pour mon récital privé au musée Curtius. Etre pris une fois, c’est avoir bonne réputation, être engagé une seconde fois, c’est avoir donné satisfaction.

En montant dans l’auto, la radio passe « le géant de papier » de Jean-Jacques Lafon. Je suis un fan absolu de cet ovni musical plein de sucre et c’est donc en chantant à tue-tête que je suis parti vers le premier concert de l’année.

Je trouve une place de parking juste en face de l’école et je constate amusé que la voiture devant moi à une plaque avec mes initiales, DVL.

Le montage et le soundcheck sont rapides. J’ai pris l’ampli, mais pas de micro pour parler, l’audience est assez réduite. Fait rare, j’ai pris l’accordeur en pédale, mais avec les variations de température et d’humidité qui jouent le yo-yo depuis quelques semaines, c’est plus prudent.

Vu que je suis en solo, je n’ai pas emporté de quoi prendre des photos ou filmer …

IMG_2484Ensuite commence la longue attente. Je sais toujours quoi faire pendant le montage et le soundcheck, et quand je joue, mais je ne sais jamais quoi faire de mon corps quand je dois attendre entre ces deux moments. Il faut quand même garder un semblant de concentration, et en l’absence d’une loge ou d’un coin pour s’isoler, je ne sais quoi faire de moi quand je me sens un peu « tas de viande attendant le chaland » – (« range ton cadavre » comme disait un chauffeur de mon adolescence pour nous faire avancer vers le fond du bus).

Les invités arrivent au goutte à goutte et s’échangent salutations et vœux. Je picore un peu de saumon et quelques crevettes dans les entrées du buffet et je me dégote une place et un verre d’eau. Les discours de rentrée se succèdent, ensuite je joue deux morceaux. Le moteur est un peu froid. Quand j’ai une loge ou une cagibi a disposition, j’aime jouer quelques minutes avant de monter sur scène, mais soit.

IMG_2488Je fais l’impasse sur la copieuse assiette du plat principal qui a l’air gourmande, mais je préfère rester léger pour la suite. Les jeunes profs ont l’air très sympa, mais ma timidité maladive m’empêche de m’immiscer dans les conversations autrement qu’avec parcimonie.

J’en profite pour prendre ma guitare et aller me réaccorder et m’échauffer dans le hall d’entrée de l’école. Dans une belle robe rouge, une petite fille à boucles brunes vient gratter timidement quelques notes sur ma guitare avec des grands yeux apeurés, sans oser dire un mot. Mais d’une œillade, je lui vole un sourire que je range dans ma guitare.

Après un second round de discours, la scène est à moi pour un set plus dynamique … rock acoustique, en compositions originales et en cover se succèdent, entrecoupés d’applaudissements plus qu’honorables compte tenu de la taille de l’assistance et des travaux masticatoires en cours. Je joue encore un blues, puis une balade avant de terminer par mon arrangement sauce picking de « Smoke on the Water », fort applaudi.

Avant de ranger le matériel, je fais un sort à un petit javanais qui passait par là et qui me parlait d’amour et de douceur sucrée, posé sur une assiette sous sa petite tuile en chocolat. Suit une distribution de petits cadeaux, une cacahuète comme on dit chez nous … je reçois une boite de 12 Ferreros, que ma Lovely Roadie saura apprécier.

Je fais encore signer les contrats avant de m’éclipser avec la satisfaction du « devoir » accompli.

Premier concert bouclé, sans encombres … au suivant, c’est déjà lundi !

Pourquoi les musiciens n’ont-ils pas le droit de (pas trop mal) gagner leur vie ?

Photo : Play On 911 (Wikipedia)

Photo : Play On 911 (Wikipedia)

Un article crée la polémique en publiant que Zaz aurait facturé 40.000 € un concert privé de 30 minutes devant 600 personnes. Franchement, à mes yeux c’est la tempête dans un verre d’eau.

Pour quelqu’un qui chante que « votre argent ne fera pas mon bonheur », certains se disent outrés. Si elle a chanté que l’argent ne faisait pas le bonheur, ça ne signifie nullement qu’il ne lui en faut pas, ou qu’elle n’en veut pas, elle dit surtout que ce n’est pas ça qui la rendra heureuse. Ce qu’elle aime sans doute, c’est faire une prestation de qualité, et ça, ça se paie …

Qu’on aime pas Zaz et qu’on trouve que c’est cher payé pour se faire casser les oreilles est un pur jugement subjectif. Personne n’a le monopole du bon goût, et la vraie question n’est pas là, même si il est bien vu de casser du Zaz ces temps-ci.

Avant toute chose, ce sont des fonds privés, et selon la loi de l’offre (son spectacle) et de la demande (un événement privé), qui trouverait à y redire ? C’est nettement plus dérangeant quand c’est un spectacle destiné au grand public avec des billets à des tarifs exorbitants ou quand le CPAS de Charleroi soutient le spectacle d’un humoriste à hauteur de 15000 €, car il s’agit de fonds public. L’intéressé dément être impliqué dans la manière dont les choses se sont déroulées.

Remettons les chiffres en perspective, cela représente un coût d’environ 66 € par personne, rien d’exorbitant par rapport à un menu traiteur de fête tel que certaines entreprises offrent à leurs employés, avec les frais d’une salle louée pour la circonstance.

Compte tenu du type de rentrées, après taxation, il doit rester environ 50% de la somme initiale, soit 20.000€ hors-frais. Il y a une équipe derrière qu’il faut transporter et payer, je doute que l’entièreté du cachet aille dans sa poche, Zaz n’est pas un petit entertainer qui vient avec sa gratte et son ampli faire deux heures de covers sur des accompagnements préparés en midi.

La plupart de ces artistes ont une promotion très coûteuse à la sortie d’un album, et les concerts et autres représentations visent surtout dans un premier temps à rembourser les frais engagés pour être le parfum du mois et la tête qui dépasse dans le paysage audiovisuel.

La musique est un travail à plein temps, la promotion est un autre travail à plein temps, et ces gens ne comptent pas leurs heures de préparations et ne touchent pas leur chèque à la fin de mois. Les Rollings Stones ont du s’expliquer pour les prix des billets de leurs concerts, allant jusqu’à 500 €. La mise en place, les répétitions, le matériel … tout ça représente un coût.

Pour comparer, les tarifs des conférenciers vont de 2000 à 7 500 euros pour un spécialiste politique, un écrivain ou un économiste, et jusqu’à 15 000 euros pour une personnalité connue des médias. Les anciens chef d’états sont également de bonnes gagneuses. Pour un Gorbatchev, ex-chef de l’Union Soviétique comptez 60 000 € en moyenne. Sa conférence donnée à Liège aurait été facturée 100 000 dollars, soit 400 euros la minute. Un ancien chancelier allemand coûte 50 000 €, un ancien Premier ministre espagnol environ  40 000 €, un ex-président des Etats-Unis prend 150 000 €. Tony Blair, ancien Premier ministre anglais coûte soit 20 000 à 2 000 dollars la minute. Et les chantres de la décroissance, les conférenciers de la pauvreté volontaire et de l’altermondialisation ne sont pas en reste question tarifs.

Mais les questions essentielles à mes yeux restent : pourquoi les artistes ont l’argent honteux, et doivent toujours être aux abois ? Pourquoi n’ont ils pas le droit au succès artistique et financier ? Il n’y a pas d’ascenseurs dans ce monde là et encore moins de parachutes dorés quand on rate la marche.

La fois où les Beatles ont joué pour 18 personnes …

Des problèmes de promo, une affiche imprimée et diffusée trop tard, une météo peu clémente, une banlieue un peu trop calme … et les Beatles ont joué devant 18 personnes … en 1961.

A trois jeunes filles frigorifiées sur le seuil qui demandaient « Ils jouent à quelle heure ? ». Le manager a répondu stoïquement : « A quelle heure souhaitez vous que les Beatles jouent ? ». Après 9 heures de route, ils ont joué tout leur set, 3 heures sans faillir et avec la même énergie que devant 200 personnes.

John Lennon racontera : « Quand les Beatles déprimaient et se disaient : « On n’ira jamais nulle part, on joue pour des cachets merdiques, on est dans des loges merdiques », je disais : « Où on va, les potes ? », et eux : « Tout en haut, Johnny ! », et moi : « C’est où ça ? », et eux : « Au plus top du plus pop ! » (to the toppermost of the poppermost), et moi « Exact ! » Et on se sentait mieux. »

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