Making-of d’une vidéo backstage pour Jacques Stotzem …

IMG_2595Jacques Stotzem m’a demandé de filmer quelques uns de ses morceaux pour son nouveau projet Acoustic Tribute to Rory Gallagher.

Fan et ami de longue date, j’en ai profité pour lui proposer quelques vidéos pour faire découvrir l’arrière du décor. Des vidéos pour mettre en images la passion extraordinaire et entière que Jacques voue à la guitare et à la musique acoustique, son dévouement à son art et son exemplaire générosité.

Depuis un moment, j’avais deux plans précis en tête pour cette vidéo … l’entrée en scène capturée depuis le rideau, et l’arrivée en voiture sur le lieu du concert. Lors de mes propres concerts, je perçois ces deux moments comme des pivots entre tout ce qu’on imaginait, l’anticipation et la préparation, et le moment où les choses basculent pour devenir réelle. Entre les deux, pour le contenu de la vidéo, on verra bien. Très modestement, le fait d’être un peu guitariste et d’avoir fait quelques petits concerts m’est bien utile pour imaginer que filmer et comment raconter l’histoire.

Rendez-vous à Marchin à 16h30, pour un concert dans un chapiteau de cirque avec des gradins en demi-cercle qui promet des prises de vues intéressantes. Les Stotzems sont déjà sur place quand j’arrive, mais tout le matériel n’est pas encore déchargé. Je me glisse à l’arrière de leur voiture, et on fait un demi tour au coin de la place pour avoir ce fameux plan de l’arrivée. Avec mon steadycam à bout de bras pour avoir un suivi le plus fluide possible, je les suis jusqu’au moment où ils soulèvent un pan de la toile du chapiteau pour entrer dans la salle.

J’installe deux caméras fixes, une sur la régie, et une sur scène pour filmer le soundcheck. Une troisième caméra reste en réserve pour des plans larges de la salle vide, des plans rapprochés de Jacques et pour les interviews qui viendront entrecouper les séquences consacrées au soundcheck. Je m’attends à un soundcheck d’une grosse demi-heure. A mon plus grand étonnement, ce sera bien plus long que ça, entre l’exigence sans faille du musicien superbement calme et ferme, et la volonté des techniciens de tirer le meilleur son possible en éliminant le moindre petit coin d’ombre qui se cacherait entre les aigus cristallins, le médium charpenté et la basse ronronnante de la Martin signature de Jacques. Je prends la mesure de la distance astronomique qui sépare le petit monde d’amateurs que je fréquente de celui des grands professionnels.

Le soundcheck se termine enfin et pendant que les éclairages de scène sont finalisés, voilà le moment de réaliser quelques interviews. Des questions en français, pour le « marché francophone » et en anglais pour le reste du monde. Par rapport à notre briefing initial, il me reste deux plans essentiels à prendre : le moment de calme avant la tempête, pendant lequel Jacques s’isole pour se concentrer et joue un peu, et l’entrée en scène.

Mais puisque tout le matériel vidéo est là, l’envie de filmer une partie du concert fait son chemin. Il va falloir préparer les alimentations (les batteries ne suffiront pas pour toute la durée du concert), et réorganiser les cartes mémoires déjà bien remplies par le soundcheck. Je sacrifie quelques plans inutiles et prépare la prise de vue. C’est mon premier tournage, et je me rends compte de la masse de paramètres à gérer, j’aurais aimé que ma roadie soit là.

Et là c’est le drame … en déplaçant le matériel, je fais tomber ma boite à outils avec tout le matériel vidéo entre les gradins et la toile de tente. On ramasse, je recompte, tout semble être là. Je prépare les caméras sans perdre de temps.

IMG_2592Suit un bon repas en compagnie de Jacques et son épouse, les organisateurs et les techniciens. J’en profite pour filmer les instants de recueillement de Jacques dans une loge improvisée.

Ensuite direction le chapiteau pour démarrer les caméras.

C’est sold-out ce soir. Et les gens s’assoient sur les marches pour ne pas rater ce concert. On va chercher des chaises pour encore ajouter des personnes dans la salle bondée. Une de mes caméras est dans la régie, et la régie est pleine de monde, et les gradins également, impossible de retourner pour armer et vérifier ma caméra. Il faudra bien faire confiance et demander à la personne la plus proche de la démarrer.

La caméra en fond de scène est plus facile à démarrer, je l’ai placée devant une fente dans le rideau de scène, je n’ai qu’à tendre la main.

Jacques arrive … il accorde sa guitare pendant que je prépare ma caméra pour filmer l’entrée en scène. Je suis un peu surpris par les plans qui se trouvent déjà sur la caméra que j’ai en main, qui ne sont pas ceux auxquels je m’attendais, mais je n’ai pas le temps de vérifier, pour ce plan ci, je n’ai qu’une seule chance, Jacques écarte le rideau et entre dans la lumière.

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Préoccupé par le cadrage de mes caméras et surveillant de loin les petites lumières rouges qui m’indiquent que les caméras font leur boulot, je profite du concert depuis le backstage.

Magnifique concert où le public fasciné boit littéralement la musique de Jacques. Tout est parfait …

Je constate que la caméra située en régie s’est arrêtée bien avant la fin du premier set. J’essaie de me connecter avec elle par WiFi, pour la redémarrer, peine perdue. La caméra me signale que la carte mémoire est pleine,

Très étrange, cette carte était supposée être formatée et pouvoir filmer plus de deux heures de concert en HD. Impossible d’agir avant l’entracte. Pendant le break, je replace une autre caméra en haut de la salle, mais je sens que les images du concert sont compromises.

Le mystère s’expliquera lors du dépouillage des rushes. Lors de la chute du matériel, tout était mélangé, j’ai perdu une carte mémoire de 16 Gb et remis une carte déjà utilisée lors du soundcheck dans ma caméra. On prend acte : pour la prochaine fois, j’ai doublé ma capacité de mémoire pour ne plus devoir manipuler ces minuscules cartes dans la pénombre, et je me suis offert une télécommande longue distance permettant de piloter les caméras à distance.

J’avais peur de ne pas arriver à raconter l’histoire sur un temps raisonnablement court, Mais le montage sera finalement limpide, presque évident, malgré le grand nombre de raccords à faire. Je me suis imposé la durée d’un morceau de Jacques comme canevas : l’entrée en scène, et puis un compte à rebours inverse pour raconter comment on en est arrivé à ce moment, en partant de la scène de la voiture, des passages extraits du soundcheck, passant peu à peu du son brut acoustique sur scène au son finalisé, entrecoupé des interviews, pour clore par l’entrée en scène une seconde fois pour boucler la boucle.

Mais l’essentiel est que la mission principale justifiant ma présence ce soir est réussie … la série de vidéos « backstage pass with Jacques Stotzem » comme je le surnomme a pris vie ce soir.

Un making-of d’une vidéo backstage, c’est un peu le backstage du backstage, mais voici l’épisode numéro 1 :

Le fan et la critique du mainstream

oeufsJ’aimais mieux ce que <xxx> faisait avant d’être connu !

On pourrait penser que le succès d’un artiste soit un événement de nature à réjouir ses fans. Ce n’est pas toujours le cas. Avoir de nombreux fans ne signifie pas la reconnaissance artistique espérée, du moins pas aux yeux de tous les fans. L’artiste est devenu « commercial », il s’est « vendu », il cède au « succès facile », il a perdu son « âme et sa spécificité ».

Parfois, la critique est légitime, quand le travail de l’artiste commence à souffrir de la nouvelle popularité.

Un exemple courant est le premier album d’un groupe construit par des années de travail, dont chaque titre a été poli et validé par de nombreux concerts, auquel succède immanquablement un album « vite-fait » en studio.

Parfois, une crise d’ego ou simplement l’accès à des moyens de production plus étendus (arrangements, orchestration) entraîne la rupture avec les fans historiques qui préféraient le couple voix et guitare acoustique aux nappes de cordes d’un orchestre symphonique souligné de traits de synthés.

D’autres fois, le public présent aux concerts change, les nouveaux venus ignorent les codes historiques nés de la complicité avec l’artiste dans des salles plus intimistes, et l’ambiance différente est perçue comme un éloignement Ce sentiment est renforcé par l’augmentation du prix des places et l’indisponibilité de l’artiste, souvent associée à une irritante surexposition médiatique.

La plupart du temps, c’est du snobisme.

S’il n’est pas agréable d’être le seul à aimer quelque chose, le petit snobisme de faire partie d’une minorité, d’un petit club exclusif est très agréable, car il permet de se sentir au-dessus de la masse des moutons dont on pense toujours pouvoir et vouloir se distinguer. L’appartenance à cette petite élite est également une un manière d’affirmer un statut social. Le mépris de la masse se manifeste par l’idée que si une œuvre plaît à la plupart, c’est qu’elle est vendue, médiocre et sans prise de risque. Si aimer tout, c’est manquer de goût. cela n’implique pas qu’être aimé de tous est la preuve d’un manque de qualités tranchantes.

Parfois ce sentiment use du détestable « l’artiste devrait se soucier de l’Art, pas de la popularité ou du succès financier » (et tant pis si il y a des factures à payer). Ce que ces gens aiment chez l’artiste, c’est la relation qu’ils entretiennent à travers lui, une relation exclusive qui alimente leur ego, voire son asservissement. Dans ces conditions, rien de plus désagréable que de voir l’artiste prendre son envol, alors que c’est ce que tout bon fan devrait souhaiter.

D’ailleurs bon nombre de personnes embrassant les campagnes de dénigrement de tel ou tel artiste, se sont souvent contenté de lire une critique superficielle et parfois biaisée sur des sites faiseurs d’opinions prêtes-à-porter. Les sites qui conchient Comic Sans, le CD ou le mp3, chantent les louanges du vinyl, les hipster, les styles de musique identifiables, les styles émergents et leurs porte-paroles (c’est de la merd-euh) et tout ce qui était bien mieux avant même que ces gens n’en aient pris connaissance.

Pour les autres, ceux qui étaient là au début, ce sentiment d’appartenance à l’élite se transforme en la grisante sensation de faire partie de cette petite minorité intelligente et supérieure possédant le degré d’exigence nécessaire pour ne pas suivre le troupeau, en pouvant critiquer « à bon escient » une œuvre qu’ils « connaissent bien mieux que les autres ».

La plupart du temps ce snobisme ne peut d’ailleurs s’exprimer que pour un artiste engagé dans le processus de devenir populaire, car en l’absence d’un élargissement de la reconnaissance populaire, l’affirmation de ce snobisme ne peut pas exister. Malheur à celui qui aime ce que nous aimons également mais « pour de mauvaises raisons ».

Ironiquement, cette  minorité agit contre son intérêt en étant prescripteur, trop heureux qu’ils sont d’en souligner les qualités qu’ils sont les seuls à percevoir devant un parterre d’incultes qu’ils pensent éduquer. Ils doivent alors changer de cible, de style musical, pour toujours rester dans cet équilibre délicat du snob qui se complaît à détester ce que les autres aiment, après avoir aimé ce qui n’intéressait pas grand monde.

Donc en gros détester le mainstream, c’est mainstream … serait-ce la preuve que c’est raisonnable de tout détester jusque dans sa propre contradiction. On en est au point qu’un nouveau mouvement a vu le jour, le normcore, une esthétique de la normalité, un refus apparent de la mode,

… qui par définition devient donc une mode.

Je crois qu’on s’en sortira jamais …

Graphique : la vie des petits groupes en 1980 et en 2000, ce qui a changé

1980

2000

Source : http://www.bcommeboxsons.com/

Pourquoi aimons-nous les répétitions dans les morceaux de musique ?

Répétition et plaisirIl est difficile de nier que l’écoute de la musique, quand nous avons décidé de son moment et avons l’opportunité de la choisir, procure du plaisir à la plupart des gens.

Un plaisir intense pouvant aller jusqu’à des manifestations physiques de jouissance : rougeurs, dilatation des pupilles, réflexe pilo-moteur (chair de poule ou « ce morceau me fout les poils » comme on dit familièrement).

Certains morceaux de musiques sont associés à des moments particuliers de notre vie : premier baiser, premier rapport sexuel, rencontre d’un (ou plusieurs) êtres aimés, première danse, mariage, année particulière dans la vie, concert mémorable.

Nous recherchons parfois volontairement des sentiments négatifs comme une certaine nostalgie ou mélancolie qui ont ceci d’agréable qu’ils sont prévisibles et contrôlables. Qui n’a pas sa playlist « déprime » ou « chagrin d’amour » constituée de morceaux réservés à cet usage si particulier de se torturer avec une douleur exquise ?

Mais pourquoi aimons-nous la répétition de certains éléments dans un morceau de musique ?

Les morceaux regorgent de petites citations revenant à intervalles réguliers, le couplet et le refrain en sont les manifestations évidentes, mais également un thème d’introduction rappelé au milieu du morceau, une figure rythmique ou mélodique récurrente.

Les spécialistes du cerveau attribuent ceci à l’effet de simple exposition qui se caractérise par une augmentation de la probabilité d’avoir un sentiment positif envers quelque chose par la simple exposition répétée. Plus nous sommes exposés à un stimulus et plus il est probable que nous l’aimions. Cet effet se manifeste, que cette chose nous soit spontanément agréable ou non.

Mais si nous sommes exposés à une source de plaisir, nous souhaitons la voir perdurer. La répétition d’un élément musical qui nous procure du plaisir, au lieu de nous ennuyer, augmente donc ce plaisir par l’anticipation agréable que nous avons de sa répétition.

A cela s’ajoute que la constance répétitive des choses, comme notre battement cardiaque ou notre respiration sont des choses familièrement rassurantes.

Une musique sans répétition aucune serait donc moins plaisante, voire décevante.

Ce mécanisme du plaisir amplifié par une familière répétition explique tout à la fois le succès de chansons construites comme des ritournelles répétitives implacables, le succès des ventes de tubes rabâchés par la radio et la télé, l’obligation pour un groupe de rester identifiable avec une image sonore cohérente, et même le succès de ces groupes et morceaux vivant dans le sillage de gros tubes dont ils clonent les éléments marquants pour nous sembler familiers et donc aimables.

Heureusement que nous aimons également les petites surprises semées en embuscade dans tout le plaisir de répétition que nous nous infligeons. Mais elles nécessitent une écoute active pour être perçues.

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